Insignes et traditions

Groupe de jeunes chasseurs alpins du 67e bataillon de chasseurs alpins en tenue bleu foncé, photographie de presse de septembre 1915
Jeunes chasseurs alpins du 67e bataillon, photographie de presse Agence Rol, septembre 1915. Source Gallica (Bibliothèque nationale de France), Wikimedia Commons, domaine public.

L’uniforme du chasseur alpin, de 1888 à aujourd’hui

L’armée de Terre présente la tenue bleu foncé du chasseur alpin comme quasiment inchangée depuis 1840. L’archive raconte une histoire plus mouvementée : tenue entièrement bleu horizon durant quelques mois en 1915, casque et capote kaki en 1940, tenues américaines à la Libération, camouflage numérique aujourd’hui. Ce que les sources établissent, chronologie à l’appui, distingue deux vêtements sous un même nom : la tenue de tradition, restée fidèle à ses origines, et la tenue de combat, qui a toujours suivi le matériel de son époque.

Deux tenues sous un même nom

Parler de « l’uniforme du chasseur alpin » recouvre en réalité deux objets distincts, une distinction que l’armée elle-même formalise. D’un côté, la tenue de tradition, bleu foncé, boutons argentés et passepoils jonquille, portée en cérémonie et aujourd’hui désignée par le nom de code « Solferino »1. De l’autre, la tenue de combat, qui n’a jamais eu vocation à rester bleue : elle a pris la couleur du matériel en dotation dans l’armée de Terre à chaque époque, bleu horizon en 1915, kaki en 1940, treillis américain en 1944, camouflage aujourd’hui.

Cette distinction structure toute l’histoire du vêtement alpin depuis 1888. La confondre, c’est prendre pour une continuité ce qui est en réalité la coexistence, depuis plus d’un siècle, de deux garde-robes qui obéissent à des logiques différentes.

Une couleur et un insigne antérieurs à la spécialisation alpine

La tenue bleu roi à passepoils jonquille et boutons frappés du cor de chasse est fixée dès 1840, quarante-huit ans avant la création des troupes alpines, pour l’ensemble des bataillons de chasseurs à pied1. Le 4 mai 1841, lors de l’entrée de ces bataillons dans Paris, ce n’est pas la couleur de leur tenue qui frappe les spectateurs, déjà familière, mais sa coupe, resserrée et différente de celle du reste de l’infanterie1. Le cor de chasse, l’insigne qui distingue encore aujourd’hui chaque bataillon, appartient à ce même fonds commun antérieur à la montagne : il équipe déjà les chasseurs à pied dans les années 1840, comme le détaille l’article sur la lecture d’un insigne de bataillon de chasseurs alpins.

La spécialisation alpine de 1888, racontée en détail dans l’article sur la naissance des troupes alpines françaises, n’invente donc pas une nouvelle tenue à partir de rien. Elle ajoute des pièces à un fonds déjà en place depuis un demi-siècle.

1888 : la montagne impose ses pièces

La loi du 24 décembre 1888, qui transforme douze bataillons de chasseurs à pied en bataillons alpins, s’accompagne d’une première vague d’adaptations. Deux sources institutionnelles, le portail de l’armée de Terre et la Fédération nationale des amicales de chasseurs, décrivent dans des termes quasiment identiques l’adoption par ces derniers du béret béarnais, baptisé tarte et orné du cor, ainsi que des bandes molletières bleu foncé, de la ceinture de flanelle et du jersey bleu, de la vareuse dolman à col rabattu, et de la pèlerine à capuchon1 2. L’histoire de la tarte elle-même, ses deux dates d’adoption concurrentes et sa forme caractéristique, fait l’objet d’un article séparé : la tarte du chasseur alpin.

Une association spécialisée dans le fait militaire alpin précise qu’à partir de 1891, les bataillons alpins portent une élégante vareuse-dolman, très pratique avec son large col chevalière (au numéro du bataillon) et ses parements de manche rabattables sur le cou et les mains en cas de grand froid3. C’est cette silhouette, béret plat, vareuse ajustée, bandes molletières, qui identifie le chasseur alpin sur les photographies de la Belle Époque et du début de la Grande Guerre.

Chronologie sourcée

  1. 1840 La tenue bleu roi à passepoils et boutons jonquille frappés du cor de chasse est fixée pour l’ensemble des bataillons de chasseurs à pied.1
  2. 4 mai 1841 Entrée des bataillons de chasseurs à pied dans Paris : c’est la coupe de la tenue, plus que sa couleur, qui frappe les observateurs.1
  3. 24 décembre 1888 Douze bataillons de chasseurs à pied deviennent des bataillons alpins et adoptent le béret béarnais, les bandes molletières bleu foncé, la vareuse dolman et la pèlerine à capuchon.1 2
  4. 1891 La vareuse-dolman à large col et parements rabattables devient la pièce maîtresse de la tenue alpine.3
  5. Quelques mois en 1915 Les bataillons de chasseurs alpins sont entièrement rhabillés en bleu horizon, la teinte commune à l’infanterie, avant que leurs chefs ne fassent rétablir le bleu chasseur.3
  6. Automne 1915 Le casque Adrian, teinté gris-bleu et orné du cor et des lettres R.F., remplace la tarte au combat.3
  7. 1916 La capote bleu horizon, commune à toute l’infanterie, remplace définitivement le manteau à capuchon des débuts.3
  8. 1932 Adoption de la culotte golf bleu foncé à passepoil jonquille.2
  9. 1939 à 1940 Pendant la campagne de France, les bataillons de chasseurs combattent casque et capote kaki, comme le reste de l’armée.2
  10. 1944 à 1946 Les chasseurs sont équipés de tenues américaines ; de nombreux officiers conservent tout ou partie de l’ancienne tenue française.1 2
  11. Après 1946 Retour à des effets réglementaires bleu foncé, boutons argentés et passepoils jonquille.2
  12. 1997 Les chasseurs à pied adoptent le béret noir ; la tenue de tradition bleue prend le nom de code « Solferino ».1
  13. 2020 La tenue de combat au standard F3 est distribuée à l’ensemble des unités de l’armée de Terre, complétée pour les troupes de montagne d’un ensemble grand froid en Gore-Tex.4
  14. 2021 La 27e brigade d’infanterie de montagne reçoit une nouvelle chemise de combat conçue pour les zones enneigées.4
  15. À partir de 2024 L’armée de Terre engage le déploiement de son nouveau camouflage, le « bariolage multi-environnement » (BME).5
Chasseur alpin de la 27e brigade d'infanterie de montagne en tenue de combat hivernale lors d'un exercice en 2021
Chasseur alpin de la 27e brigade d’infanterie de montagne pendant l’exercice Cerces, six jours d’entraînement au combat par grand froid, décembre 2021. Photographie CCH Adrien Courant, armée de Terre, Wikimedia Commons, Licence Ouverte (Etalab).

Ce que l’archive documente, ce que la communication actuelle simplifie

Le portail de l’armée de Terre affirme que la couleur et les attributs jonquille du chasseur resteront immuables depuis la tenue définie en 18401. La chronologie ci-dessus montre que cette continuité concerne la seule tenue de tradition. La tenue portée au combat, elle, a changé de couleur et de composition à plusieurs reprises au 20e siècle : bleu horizon en 1915 et 1916, kaki en 1939-1940, treillis américain en 1944-1946, avant un retour au bleu foncé après 1946 puis le passage progressif au camouflage à partir des années 1990. Présenter l’uniforme du chasseur alpin comme un bloc figé depuis 1840 relève donc de la simplification institutionnelle, utile pour la mémoire de corps, mais que l’archive nuance.

La tenue de combat aujourd’hui

Depuis 2020, les unités de l’armée de Terre, troupes de montagne comprises, sont équipées de la tenue de combat au standard F3, dans le cadre du plan d’équipement Félin4. Les troupes de montagne reçoivent en complément un ensemble grand froid en Gore-Tex, parka et pantalon, développé sur cinq ans, capable de fonctionner jusqu’à moins 30 degrés tout en se comprimant à moins de 1,5 kilogramme4. Il est conçu pour rester compatible avec l’équipement propre à la montagne, baudriers, crampons et casque d’alpinisme4. En 2021, la 27e brigade d’infanterie de montagne reçoit une chemise de combat supplémentaire, pensée pour les zones enneigées4.

À partir de 2024, l’armée de Terre engage le déploiement d’un nouveau camouflage, le bariolage multi-environnement, conçu pour s’adapter aussi bien aux zones herbeuses, urbaines et désertiques qu’au relief montagnard, avec l’objectif affiché d’une même tenue pour tous les milieux d’engagement5. Le ministère des Armées annonce pour ce programme un gain de détection de 25 % et un investissement de 200 millions d’euros dans la loi de programmation militaire5.

Ce qu’il reste visible aujourd’hui

La tenue de tradition « Solferino », bleu foncé, boutons argentés, passepoils et tarte jonquille, reste portée en cérémonie par l’ensemble des troupes de montagne, un usage étendu en 2004 à des unités qui n’en héritaient pas directement, comme le rappelle l’article sur la tarte du chasseur alpin. Le cor de chasse frappé sur les boutons et sur la coiffe, hérité des chasseurs à pied des années 1840, continue de distinguer chaque bataillon par son numéro. Ces pièces, de la vareuse-dolman du début du 20e siècle aux tenues de combat les plus récentes, se retrouvent exposées au musée des Troupes de montagne, à Grenoble.

En bref

  • La couleur bleue et le cor jonquille datent de 1840, avant même la spécialisation alpine de 1888.
  • 1888 ajoute la tarte, la vareuse dolman, les bandes molletières bleu foncé et la pèlerine à capuchon.
  • La tenue de combat a suivi le matériel de chaque époque : bleu horizon en 1915-1916, kaki en 1939-1940, tenues américaines en 1944-1946.
  • Après 1946, la tenue bleu foncé est rétablie ; elle porte depuis 1997 le nom de code « Solferino ».
  • Depuis 2020, la tenue de combat au standard F3 et un ensemble grand froid Gore-Tex équipent les troupes de montagne ; un nouveau camouflage se déploie à partir de 2024.

Questions fréquentes

Le béret noir adopté en 1997 a-t-il remplacé la tarte ?

Non. Le béret noir concerne la tenue de combat des chasseurs à pied. La tarte, coiffe de la tenue de tradition, continue d’être portée en cérémonie par les troupes de montagne, comme le détaille l’article qui lui est consacré.

Qu’appelle-t-on la tenue « Solferino » ?

C’est le nom de code que l’armée de Terre donne aujourd’hui à la tenue de tradition bleu foncé des chasseurs, boutons argentés et passepoils jonquille, héritée pour l’essentiel de la tenue fixée en 18401.

Le camouflage des troupes de montagne diffère-t-il du reste de l’armée de Terre ?

Les troupes de montagne portent le même camouflage réglementaire que le reste de l’armée de Terre, mais reçoivent en complément un équipement pensé pour le froid et l’altitude : ensemble grand froid Gore-Tex depuis 2020, chemise de combat pour zones enneigées depuis 2021.4

L’uniforme bleu foncé a-t-il vraiment traversé les 20e et 21e siècles sans changer ?

La tenue de tradition, oui, dans ses grandes lignes. La tenue portée au combat, non : elle a été bleu horizon, kaki, puis américaine avant de redevenir bleu foncé après 1946, et elle est aujourd’hui en camouflage. Les deux tenues coexistent sous le même nom, ce qui explique la confusion entretenue par les présentations les plus synthétiques.

Sources et références

  1. Armée de Terre, portail des chasseurs (CENTAC), La tenue. terre.defense.gouv.fr. Consulté le 2 septembre 2026.
  2. Fédération nationale des amicales de chasseurs à pied, alpins et mécanisés, La tenue. bleujonquille.fr. Consulté le 2 septembre 2026.
  3. Histoire & Mémoire Militaire Alpine, La silhouette de nos chasseurs alpins en 1914-1918. histoire-memoire-militaire-alpine.fr. Consulté le 2 septembre 2026.
  4. Zone Militaire, De nouveaux équipements individuels pour les Troupes de Montagne, 24 mars 2020. opex360.com. Consulté le 2 septembre 2026.
  5. Ministère des Armées, L’armée de Terre se dote d’un nouveau camouflage. defense.gouv.fr. Consulté le 2 septembre 2026.

Sur le même sujet