Les Alpes françaises sont un livre d’histoire à ciel ouvert : forts d’altitude, casemates, ouvrages enterrés, murs à créneaux perchés sur les cols. Trois siècles de fortification s’y superposent, et des sentiers balisés permettent aujourd’hui de les parcourir à pied — c’est la vocation des chemins de la mémoire, que la FRESM a toujours encouragés.

Trois siècles de pierre
La première génération porte la marque de Vauban : Briançon et ses forts étagés, la place forte de Mont-Dauphin, autant de sites dont le génie a été reconnu par l’inscription du réseau Vauban au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2008. La deuxième naît après 1874 sous l’impulsion du général Séré de Rivières, qui ceinture les vallées de forts d’artillerie — c’est l’époque où, en 1888, naissent aussi les troupes alpines chargées de les défendre. La troisième, lancée par le programme de 1928, prolonge la ligne Maginot dans les Alpes : des ouvrages d’altitude bétonnés, enterrés, parfois accrochés à plus de 2 000 mètres, qui comptent parmi les fortifications les plus hautes d’Europe.
Juin 1940 : la bataille des Alpes
Du 10 au 25 juin 1940, alors que la campagne de France est perdue ailleurs, l’armée des Alpes du général Olry — quelque 185 000 hommes répartis sur trois secteurs fortifiés, de la Savoie aux Alpes-Maritimes — tient tête à l’offensive italienne sur 400 kilomètres de frontière. Adossés à leurs ouvrages, chasseurs alpins, artilleurs de montagne et équipages de forteresse font la démonstration que la montagne fortifiée, bien défendue, ne se prend pas. Les combats reprendront sur ces mêmes crêtes à l’hiver 1944-1945, lors de la libération des Alpes. C’est cette histoire que racontent, pierre à pierre, les ouvrages jalonnant les sentiers — et que le musée des Troupes de Montagne met en perspective.
Sentiers de la Paix et chemins de la Mémoire
Donner à la mémoire une réalité vivante en balisant et en documentant des itinéraires de randonnée, témoins des affrontements qui ont marqué les Alpes : telle est la vocation des sentiers de la Paix et des chemins de la Mémoire. Marcher vers un fort, c’est refaire le chemin des hommes qui l’ont bâti, tenu, parfois repris ; les panneaux d’interprétation et les visites organisées par les associations locales font le reste.
Un patrimoine restauré par des passionnés
De nombreux acteurs, collectivités et associations, œuvrent à la restauration de ce patrimoine fortifié — comme Souvenir, Sauvegarde et Histoire Militaire dans le Briançonnais, membre de la mouvance montagne. Avant de partir, quelques règles simples : ces ouvrages sont fragiles et parfois dangereux, on ne pénètre que dans ceux qui sont ouverts à la visite ; en altitude, la saison est courte et la météo décide. Point de départ naturel de l’exploration : la Bastille de Grenoble, son musée et le mémorial du Mont-Jalla.