Histoire et campagnes

Alpini de la brigade alpine Julia progressant en file vers le sommet du Monte Adamello, dans les Alpes italiennes
Alpini de la brigade alpine Julia progressant vers le sommet du Monte Adamello, 22 avril 2016. Armée italienne (esercito.difesa.it), licence CC BY 2.5, via Wikimedia Commons.

Les Alpini : les troupes de montagne italiennes, voisines des chasseurs alpins

Sur l’autre versant des Alpes, les Alpini forment le plus ancien corps d’infanterie de montagne encore actif au monde, seize ans avant la création des bataillons de chasseurs alpins français. Les deux corps se sont ensuite croisés trois fois : en alliés dans les tranchées italiennes de 1917, en adversaires dans les Alpes de juin 1940, puis de nouveau côte à côte dans les exercices de montagne d’aujourd’hui.

Ce site documente l’histoire des troupes de montagne françaises. Les Alpini n’y sont pas traités comme un sujet autonome, mais uniquement dans leurs points de contact vérifiables avec les chasseurs alpins et les autres unités alpines françaises : une naissance quasi simultanée, deux campagnes communes et une coopération actuelle.

Le plus ancien corps de montagne actif au monde

Les Alpini sont l’infanterie de montagne de l’armée italienne. Le musée des Troupes de montagne de Grenoble, qui entretient des liens avec son homologue italien, les présente sans détour : « créé en 1872, c’est le plus ancien corps d’infanterie de montagne actif du monde. »[1] Leur signe distinctif est le cappello alpino, un chapeau de feutre à large bord surmonté d’une longue plume : noire pour la troupe et les sous-officiers, brune pour les officiers subalternes, blanche pour les officiers supérieurs.[6] Cette plume vaut aux Alpini leur surnom, « Le Penne Nere », les plumes noires.[6]

Cappello alpino, chapeau à plume noire porté par un sapeur du 2e régiment du génie de l'armée italienne
Le cappello alpino, coiffe distinctive des Alpini, portée ici par un sapeur du 2e régiment du génie. Photographie Noclador, 6 juin 2005, domaine public, via Wikimedia Commons.

Les Alpini en repères

  • Infanterie de montagne de l’armée italienne, créée en 1872.
  • Surnom : « Le Penne Nere », les plumes noires, d’après la plume portée sur le cappello alpino.
  • Recrutement historique régional, par vallée alpine, sur le modèle qui inspirera plus tard le principe des bataillons alpins français.
  • Homologue direct des chasseurs alpins et des autres troupes de montagne françaises depuis 1888.

1872 : une frontière alpine à défendre avant même celle de la France

L’idée revient au capitaine Giuseppe Perrucchetti, qui publie en mai 1872 une étude proposant de confier la défense des frontières montagneuses du royaume d’Italie, unifié depuis peu, à des soldats recrutés localement dans les vallées qu’ils auraient à défendre.[2] Cinq mois plus tard, le décret royal n°1056 du 15 octobre 1872 crée les compagnies alpines.[2] Leur constitution effective, quinze compagnies regroupées en quatre unités, ne suit que le 9 mars 1873 : les deux dates, celle du décret et celle de la mise en place réelle, sont rapportées ici plutôt que confondues en une seule.[2] Les compagnies sont regroupées en six régiments en 1882, puis en sept régiments en 1887, année où l’armée italienne crée aussi un inspectorat des Alpini.[2]

Cette création précède de seize ans celle des bataillons de chasseurs alpins français. La loi du 24 décembre 1888, déjà racontée par un autre article de ce site, ne sort pas de nulle part : elle répond, entre autres facteurs, à la menace que représentent les Alpini italiens, créés seize ans plus tôt, selon le dossier documentaire que le ministère des Armées consacre aux origines de l’alpinisme militaire français.[2]

Chronologie sourcée d’un voisinage militaire

  1. 15 octobre 1872 : décret royal n°1056, sur proposition du capitaine Perrucchetti, créant les compagnies alpines italiennes.[2]
  2. 9 mars 1873 : constitution effective de quinze compagnies alpines, regroupées en quatre unités.[2]
  3. 24 décembre 1888 : la France crée ses bataillons de chasseurs alpins, en réponse déclarée à la présence des Alpini sur l’autre versant.[2]
  4. 24 octobre 1917 : désastre de Caporetto ; le front italien s’effondre face aux armées austro-allemandes.[3]
  5. 30 décembre 1917 : les chasseurs alpins de la 47e division d’infanterie alpine reprennent le Monte Tomba aux côtés des Alpini.[3]
  6. 10 au 25 juin 1940 : bataille des Alpes, l’armée italienne échoue à percer le front tenu par l’armée des Alpes du général Olry.[4]
  7. 24 janvier au 4 mars 2022 : exercice Steel Blizzard, dans les Alpes italiennes, une compagnie alpine renforcée d’un peloton du 27e bataillon de chasseurs alpins.[5]

1917-1918 : quand les chasseurs alpins volent au secours des Alpini

Le 24 octobre 1917, la percée austro-allemande de Caporetto enfonce le front italien en Vénétie.[3] Dès le 27 octobre, la France et le Royaume-Uni décident d’envoyer des renforts. Les premiers éléments français arrivent en Italie le 31 octobre, le général Foch rejoint Rome le 1er novembre pour coordonner l’effort allié, et le général Fayolle prend le commandement du corps expéditionnaire français le 20 novembre.[3] Le 30 décembre 1917, trois bataillons de chasseurs alpins de la 47e division d’infanterie alpine enlèvent en vingt minutes la crête du Monte Tomba, position clé qui dominait la plaine vénitienne, contribuant à stabiliser durablement le front sur le massif du Monte Grappa.[3]

Le général qui commandera vingt-trois ans plus tard l’armée française face à l’Italie a lui-même vécu cet épisode d’alliance : René Olry, alors officier d’artillerie, sert en 1917 dans ce corps expéditionnaire français en Italie et prend part aux combats de la Piave, avant de commander en 1940 l’armée des Alpes qui affrontera l’armée italienne.[4]

1940 : l’armée italienne face à l’armée des Alpes

Le 10 juin 1940, l’Italie entre en guerre aux côtés de l’Allemagne. Sur les Alpes, les 190 000 hommes de l’armée des Alpes, commandée par le général Olry, font face à environ 450 000 Italiens placés sous les ordres du prince Humbert de Piémont.[4] Deux jours plus tard, le 12 juin, les premiers coups de feu de la campagne sont échangés entre éclaireurs skieurs français et italiens, un épisode qu’un autre article de ce site raconte du point de vue des unités françaises.[4] Le 21 juin, l’armée italienne déclenche une offensive générale : avec seulement trois divisions de réserve de type montagne, les 64e, 65e et 66e divisions d’infanterie, le général Olry parvient à tenir toutes les positions frontalières.[4] Les troupes italiennes n’occupent qu’une partie de Menton, le 23 juin, sans pouvoir dépasser la ville.[4] L’armistice franco-italien est signé à Rome le 24 juin, le cessez-le-feu entrant en vigueur le lendemain à 0h35.[4]

Le même document du ministère de la Défense qui retrace cette bataille, préparé avec le concours du musée de tradition des troupes de montagne, conserve aussi une image moins martiale de son issue : des soldats italiens blessés par le gel en Maurienne, impossibles à rapatrier à la fin des hostilités, sont pris en charge par le bataillon français auquel ils font face.[4]

Aujourd’hui : l’exercice plutôt que la bataille

La confrontation de 1940 est restée, à ce jour, le seul épisode de guerre ouverte entre les deux corps. Depuis, Alpini et troupes de montagne françaises s’entraînent côte à côte au sein de l’Alliance atlantique. Le service officiel de diffusion visuelle du ministère de la Défense des États-Unis a ainsi documenté, en mars 2022, l’exercice multinational Steel Blizzard, conduit du 24 janvier au 4 mars sur le site italien de Pian dell’Alpe : lors de sa troisième phase, une compagnie alpine italienne est renforcée d’un peloton français venu du 27e bataillon de chasseurs alpins.[5]

Le cappello alpino et sa plume ont ainsi traversé un siècle et demi sans perdre leur fonction identitaire, au même titre que le béret des troupes de montagne françaises : deux couvre-chefs qui distinguent, chacun sur son versant, des soldats formés à la même contrainte de terrain. Le musée des Troupes de montagne de Grenoble entretient d’ailleurs un lien direct avec son homologue italien, le Museo Nazionale Storico degli Alpini, signe que la mémoire des deux corps continue de se croiser une fois la bataille des Alpes refermée.[1] Cette bataille elle-même reste racontée dans son ensemble sur les chemins de la mémoire du site.

En bref

Les Alpini, infanterie de montagne italienne créée en 1872, précèdent de seize ans les chasseurs alpins français, dont la loi fondatrice de 1888 répond en partie à leur existence. Les deux corps combattent côte à côte en 1917-1918 sur le front italien, avant de s’affronter directement lors de la bataille des Alpes de juin 1940, seul épisode de guerre ouverte entre eux. Depuis, la relation s’est inversée vers la coopération, comme l’illustre l’exercice Steel Blizzard de 2022, où un peloton du 27e BCA s’entraîne aux côtés d’une compagnie alpine.

Questions fréquentes

Les Alpini sont-ils plus anciens que les chasseurs alpins français ?

Oui. Les Alpini sont créés par décret le 15 octobre 1872, seize ans avant la loi française du 24 décembre 1888 qui donne naissance aux bataillons de chasseurs alpins.[2]

Les Alpini et les chasseurs alpins se sont-ils déjà affrontés ?

Une seule fois directement, lors de la bataille des Alpes du 10 au 25 juin 1940, où l’armée italienne échoue à percer le front tenu par l’armée des Alpes française.[4] Vingt-trois ans plus tôt, en 1917-1918, les deux corps avaient au contraire combattu côte à côte sur le front italien.[3]

D’où vient le surnom « Le Penne Nere » ?

De la plume portée sur le cappello alpino : noire pour la troupe et les sous-officiers, brune pour les officiers subalternes, blanche pour les officiers supérieurs.[6]

Sources et références

  1. Musée des Troupes de montagne (Grenoble), « Découvrez les Troupes de montagne italiennes au Museo Nazionale Storico degli Alpini », museedestroupesdemontagne.fr, consulté le 06/09/2026.
  2. Treccani, Enciclopedia Italiana, notice « Alpini », treccani.it, consulté le 06/09/2026 ; recoupée, pour le lien avec la création française de 1888, avec le colonel Cyrille Becker, « Aux origines de l’alpinisme militaire », Chemins de mémoire, ministère des Armées, déjà source de l’article sur la naissance des troupes alpines françaises.
  3. Ministère des Armées, « 1917-1918. Les Français en Italie », defense.gouv.fr, consulté le 06/09/2026.
  4. Ministère de la Défense, Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives, en coopération avec le musée de tradition des troupes de montagne, Une bataille oubliée : les Alpes, 10-25 juin 1940, collection Mémoire et Citoyenneté n°6, cheminsdememoire.gouv.fr, consulté le 06/09/2026.
  5. Defense Visual Information Distribution Service (DVIDS, ministère de la Défense des États-Unis), Sky Soldiers Take to the Slopes in Italian Mountain Warfare Training, 8 mars 2022, dvidshub.net, consulté le 06/09/2026.
  6. Museo Storico, Il cappello degli Alpini: origine e curiosità, museostorico.com, consulté le 06/09/2026.

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