Large comme une assiette, portée bien à plat et inclinée sur la gauche, la tarte est sans doute la coiffe la plus reconnaissable de l’armée française. Son histoire tient pourtant à très peu de documents accessibles, au point que deux publications du ministère des Armées ne datent pas son adoption de la même année. Voici ce que les sources établissent, et ce qui relève du récit transmis de génération en génération.
Une coiffe née chez les bergers du Béarn
La tarte n’est pas née dans les Alpes. Elle descend directement du béret béarnais, une coiffe de laine tricotée puis feutrée, portée dans les vallées des Pyrénées bien avant d’entrer dans un magasin d’habillement militaire1.
La fabrication reste aujourd’hui encore pyrénéenne. Le ministère des Armées rappelle que le béret militaire français est produit à Oloron-Sainte-Marie, dans les Pyrénées-Atlantiques, par la maison Laulhère installée là depuis 1840, à partir de laine mérinos2. La coiffe reçoit un contour de cuir et deux évents d’aération sur les côtés2.
Le passage du pâturage à la montagne militaire n’a rien d’un hasard. Les troupes de montagne cherchaient une coiffe souple, chaude, qui ne gêne pas le port du sac ni la marche en altitude, et qui supporte d’être roulée dans une poche. Le béret des Pyrénées répondait déjà à ce cahier des charges depuis des siècles.
1889 ou 1891 : deux dates officielles pour une même coiffe
C’est ici que la recherche devient intéressante, et que la plupart des pages consacrées au sujet expédient la question en recopiant une date sans la vérifier.
Le magazine du ministère des Armées écrit que la coiffe est « adoptée officiellement en 1889 »1. Le site du même ministère écrit, dans un autre article, que « les premiers militaires à porter le béret étaient les Chasseurs alpins, à partir de 1891 »2.
Les deux affirmations ne sont pas nécessairement contradictoires. L’écart de deux ans correspond à ce que l’on observe couramment entre une décision d’adoption et sa distribution effective dans les bataillons : la première tient en une signature, la seconde demande des marchés, des stocks et des tailles. Mais aucune des deux publications ne cite le texte réglementaire qui trancherait, et les archives numérisées consultables en ligne ne permettent pas de le reconstituer avec certitude.
Les deux dates avancées ci-dessus proviennent de deux publications du même ministère, sans référence à un texte réglementaire dans l’une ni dans l’autre. Cet article ne tranche donc pas entre 1889 et 1891 et signale l’écart plutôt que de choisir la date la plus répandue. Une consultation des fonds du Service historique de la Défense serait nécessaire pour établir le texte fondateur.
- 1888 Création des troupes de montagne françaises, un siècle avant la fondation de leur musée3.
- 1889 Date d’adoption officielle de la coiffe selon le magazine du ministère des Armées1.
- 1891 Date à partir de laquelle les chasseurs alpins portent le béret selon une autre publication du ministère2.
- 1914 à 1918 La coiffe est massivement documentée par la photographie de guerre, où elle identifie les bataillons alpins au premier coup d’oeil.
- 1er février 1988 Création du musée des Troupes de montagne, pour le centenaire des unités3.
- 2004 Le port de la tarte est étendu à l’ensemble des troupes de montagne, y compris au 7e régiment du matériel1.
- 2009 Le musée s’installe au fort de la Bastille, à Grenoble3.

Trente centimètres de diamètre, et une raison à cela
La tarte mesure une trentaine de centimètres de diamètre1, soit près du double d’un béret d’infanterie ordinaire. Cette largeur n’est pas décorative : le magazine du ministère explique que ce grand diamètre en fait « un couvre-chef facile à orienter pour se protéger du soleil ou de la pluie »1.
En montagne, l’argument porte. Le soleil de haute altitude frappe plus fort, la pluie arrive de côté avec le vent, et une coiffe que l’on peut faire pivoter d’un geste vaut mieux qu’une visière fixe. Le même volume de laine feutrée protège aussi du froid, et se roule dans une poche quand il faut mettre un casque.
Pourquoi « tarte » ?
Le surnom vient de la forme : un plateau large, plat et légèrement arrondi sur les bords, qui évoque la pâte d’une tarte posée sur la tête. Le mot « crêpe » circule également1. Aucun des deux n’est un terme réglementaire : ce sont des mots de troupe, adoptés ensuite par tout le monde, y compris par les publications officielles.
Se porter, c’est déjà une règle
La tarte ne se pose pas au hasard. Sur le terrain, elle se porte bien à plat, avec deux plis que la tradition résume par une formule restée célèbre : « un pour mieux voir et un pour mieux entendre »1. Concrètement, un pli à l’avant et un pli latéral en V dégagent le champ de vision et l’oreille.
La coiffe est inclinée sur la gauche, l’insigne placé sur le côté droit1. Cette orientation distingue immédiatement les chasseurs de la plupart des autres armes de l’armée de terre, où le béret penche du côté opposé.
Le vocabulaire suit la même logique de distinction. Chez les chasseurs, on ne dit pas jaune mais jonquille, et pas rouge mais bleu cerise1. Ces mots ne sont pas des curiosités folkloriques : ils servent, comme la coiffe elle-même, à marquer une appartenance.
Ce que l’archive établit, ce que la tradition raconte
Deux récits reviennent systématiquement dès que l’on parle de la tarte, et ils méritent d’être qualifiés.
Le premier veut que les bergers du Béarn aient rembourré leur béret de paille ou de chiffons pour amortir les chutes de pierres. Le magazine du ministère des Armées reprend cette explication1, mais la présente comme un héritage transmis, pas comme un fait daté et documenté.
Le second veut que la coiffe ait été assez grande pour protéger les pieds du soldat pendant les longues gardes en montagne. On lit cette affirmation partout. Aucune des deux publications ministérielles consultées ne la formule ainsi : elles s’en tiennent à l’orientation contre le soleil et la pluie. Ce récit relève donc du folklore de corps, ce qui ne le rend pas méprisable, mais interdit de l’écrire comme un fait.
Sur un sujet de tradition militaire, la frontière entre le fait établi et le récit transmis est mince et rarement signalée. Ce site choisit de la marquer explicitement : ce qui est sourcé porte un appel de note, ce qui relève du récit est présenté comme tel.
Qui porte la tarte aujourd’hui
Le port de la coiffe a été étendu en 2004 à l’ensemble des troupes de montagne, y compris à des unités de soutien comme le 7e régiment du matériel1. La 27e brigade d’infanterie de montagne la porte dans son intégralité, à une exception près : le 2e régiment étranger de génie a conservé sa coiffe de légionnaire1.
La tarte existe en version sombre et en version blanche, cette dernière accompagnant les tenues d’hiver, notamment en cérémonie. C’est cette variante blanche que montre la photographie en tête de cet article.
En bref
- La tarte descend du béret béarnais, toujours fabriqué à Oloron-Sainte-Marie.
- Son adoption est datée de 1889 par une publication du ministère des Armées, de 1891 par une autre. Aucune ne cite le texte réglementaire.
- Elle mesure une trentaine de centimètres de diamètre, largeur qui permet de l’orienter contre le soleil et la pluie.
- Elle se porte à plat, deux plis, inclinée sur la gauche, insigne à droite.
- Depuis 2004 elle coiffe l’ensemble des troupes de montagne, à l’exception du 2e régiment étranger de génie.
Questions fréquentes
Pourquoi le béret des chasseurs alpins s’appelle-t-il une tarte ?
À cause de sa forme : un plateau large et plat, aux bords légèrement arrondis. Le surnom est un mot de troupe, jamais un terme réglementaire, et il coexiste avec « crêpe »1.
Quelle taille fait exactement la tarte ?
Une trentaine de centimètres de diamètre selon le ministère des Armées1. Les chiffres plus précis que l’on rencontre en ligne, souvent entre 27 et 31 centimètres, proviennent de catalogues commerciaux et non d’un texte réglementaire.
Tous les militaires des troupes de montagne portent-ils la tarte ?
Presque. Depuis 2004 le port est étendu à l’ensemble des troupes de montagne, mais le 2e régiment étranger de génie a gardé la coiffe de la Légion étrangère1.
Où voir des tartes anciennes ?
Au musée des Troupes de montagne, installé depuis 2009 au fort de la Bastille à Grenoble3. Les collections couvrent l’histoire des unités alpines depuis leur création en 1888.
Sources et références
- Clémentine Hottekiet-Beaucourt, « La tarte, couvre-chef des troupes de montagne », Terre Information Magazine, ministère des Armées, publié le 20 mai 2022, mis à jour le 2 octobre 2022. terremag.defense.gouv.fr. Consulté le 11 août 2026.
- « 5 choses à savoir sur le béret », ministère des Armées et des Anciens combattants. defense.gouv.fr. Consulté le 11 août 2026.
- « Musée des Troupes de montagne », ministère des Armées et des Anciens combattants. defense.gouv.fr. Consulté le 11 août 2026.
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