Béret à grenade écarlate en 1888, soutache blanche depuis 1915, aigle portant deux canons aujourd’hui : l’identité visuelle de l’artillerie de montagne s’est construite par couches successives, à mesure que ses régiments se multipliaient puis se réduisaient à un seul survivant, le 93e régiment d’artillerie de montagne.
Une arme reconnaissable avant d’être un régiment
L’artillerie de montagne n’a pas toujours porté le nom d’un seul régiment. Pendant un demi-siècle, plusieurs unités partagent les mêmes signes distinctifs : un béret, une couleur de patte de col, une soutache. Ces marques identifient l’arme entière, la spécialité du canon démontable transporté à dos de mulet, bien avant de se concentrer sur l’insigne d’un régiment unique. 1
Comprendre un insigne de l’artillerie de montagne suppose donc de distinguer deux strates : les signes collectifs de l’arme, fixés entre 1888 et 1915, et l’insigne régimentaire proprement dit, plus tardif et propre au seul régiment qui subsiste aujourd’hui.
Repère : trois marques de l’artillerie de montagne
- La grenade écarlate, portée sur le béret dès 1888, puis sur la patte de col à partir de 1910.
- La soutache blanche, adoptée en 1915 avec l’uniforme bleu horizon et toujours portée aujourd’hui.
- L’aigle portant deux canons, insigne régimentaire moderne du 93e régiment d’artillerie de montagne, seul héritier actuel de l’arme.
1888-1915 : la fabrication d’une identité visuelle
Avant la loi du 24 décembre 1888, l’artillerie de montagne existe déjà sur le terrain mais sans identité propre : depuis 1828, des batteries à pied mettent en œuvre un obusier de douze, pièce de 103 kilos transportée par deux mulets, sans que rien ne les distingue visuellement des autres batteries d’artillerie. 1 La loi de 1888, déjà présentée par un autre article de ce site à propos de la naissance des troupes alpines, change cela en créant douze groupes alpins : le 2e régiment d’artillerie de Corps d’armée détache six batteries pour le XIVe corps d’armée, le 19e régiment d’artillerie de Corps d’armée en détache six autres pour le XVe corps d’armée. 1
Le personnel de ces « batteries alpines », leur désignation officielle à l’époque, porte alors le béret bleu foncé orné d’une grenade en drap écarlate, avec des bandes molletières de la même couleur bleu foncé. 1 En 1903, une distinction supplémentaire apparaît : une soutache de soie verte de cinq millimètres, placée en pointe au-dessus du parement. Elle disparaît dès 1910, année où l’artillerie de montagne devient une subdivision d’arme à part entière avec la constitution des 1er et 2e régiments d’artillerie de montagne. Ces régiments adoptent l’uniforme d’artillerie complété du béret alpin et d’une patte de col particulière, en drap écarlate à grenade et numéro, découpée sur fond bleu foncé. 1
Le dernier changement majeur intervient en 1915. Avec le passage à l’uniforme bleu clair, l’artillerie de montagne adopte la soutache blanche comme marque distinctive : c’est elle, et non plus la soutache verte de 1903, que l’arme porte encore aujourd’hui. 1
Chronologie sourcée
- 1823 : des obusiers de douze sont essayés à l’Armée de Catalogne, premier essai concluant après plusieurs tentatives restées sans suite depuis Louis XIV. 1
- 1828 : l’obusier de montagne est officiellement adopté ; la pièce, longtemps utilisée en Algérie, pèse 103 kilos et se transporte à dos de deux mulets. 1
- 24 décembre 1888 : la loi créant les troupes alpines forme douze groupes alpins, chacun avec sa batterie de montagne ; le personnel porte le béret bleu foncé à grenade écarlate. 1
- 1903 : une soutache de soie verte distingue un temps l’artillerie de montagne ; elle sera supprimée en 1910. 1
- 1910 : création de la subdivision d’arme de l’artillerie de montagne et constitution des 1er et 2e régiments d’artillerie de montagne, avec patte de col écarlate à grenade et numéro. 1
- 1915 : passage à l’uniforme bleu horizon et adoption de la soutache blanche, portée sans interruption depuis. 1
- 1er janvier 1924 : formation à Grenoble du 93e régiment d’artillerie de montagne, déjà présenté par un autre article de ce site. 2
- 1939 : l’arme compte trois régiments actifs, les 2e, 93e et 94e régiments d’artillerie de montagne, et un groupe rattaché au 56e régiment d’artillerie divisionnaire. 1
- Aujourd’hui : seul le 93e régiment d’artillerie de montagne subsiste, porteur d’un insigne régimentaire représentant un aigle aux ailes déployées portant deux canons, sous la devise « De roc et de feu ». 2 3
Ce que l’archive établit, ce que la tradition raconte
La filiation visuelle, du béret à grenade de 1888 à la soutache blanche de 1915, repose sur un texte publié par un officier d’artillerie, le chef d’escadron Charles Letrait, dans son ouvrage consacré à l’artillerie et à ses insignes, et relayé par une association spécialisée. 1 Elle est précise et datée. L’insigne régimentaire actuel du 93e régiment d’artillerie de montagne, en revanche, pose une difficulté différente : le ministère des Armées et une association du patrimoine militaire décrivent tous deux l’aigle portant deux canons et la devise « De roc et de feu », mais aucune des sources consultées ne donne de date précise d’adoption ou d’homologation de cet insigne particulier. 2 3 Comme pour les insignes de bataillon de chasseurs alpins, déjà traités par un autre article de ce site, tout insigne d’unité doit en principe être validé depuis 1945 par un bureau spécialisé, aujourd’hui rattaché au Service historique de la Défense ; mais le dossier d’homologation précis de l’insigne du 93e régiment d’artillerie de montagne n’a pas pu être identifié parmi les sources autorisées pour cet article.
Le musée des Troupes de montagne, qui a consacré au régiment une exposition pour son centenaire en 2024, le décrit par la formule « Pas un pas sans appui », qui renvoie à sa mission d’appui feu plutôt qu’à un texte héraldique. 4 Cette formule ne doit pas être confondue avec la devise inscrite sur l’insigne lui-même, « De roc et de feu » : les sources consultées ne permettent pas d’établir un lien réglementaire entre les deux, et cet article les rapporte donc séparément plutôt que de les fondre en une seule devise.
Héritage et traces visibles aujourd’hui
De la dizaine de régiments et groupes qui portaient les mêmes marques distinctives à la veille de la Seconde Guerre mondiale, un seul demeure : le 93e régiment d’artillerie de montagne, aujourd’hui installé à Varces-Allières-et-Risset, dont l’histoire propre et les dates de garnison sont détaillées par un autre article de ce site. 2 La soutache blanche fixée en 1915 orne toujours sa tenue ; l’aigle portant deux canons orne son insigne de béret. Le musée des Troupes de montagne, installé au fort de la Bastille à Grenoble, a consacré à cette histoire une exposition temporaire de quatre-vingts pièces, du 10 février au 31 décembre 2024, pour marquer le centenaire du régiment. 4
En bref
- Avant d’être un insigne régimentaire, l’artillerie de montagne se reconnaît à des marques collectives : béret à grenade écarlate en 1888, soutache verte en 1903, patte de col écarlate en 1910.
- La soutache blanche, adoptée en 1915 avec l’uniforme bleu horizon, distingue encore aujourd’hui l’artillerie de montagne des autres artilleries.
- En 1939, trois régiments portaient ces marques ; un seul, le 93e régiment d’artillerie de montagne, subsiste aujourd’hui.
- Son insigne actuel, un aigle portant deux canons sous la devise « De roc et de feu », n’a pas de date d’adoption établie par les sources consultées.
Questions fréquentes
Depuis quand l’artillerie de montagne porte-t-elle une soutache blanche ?
Depuis 1915, quand l’uniforme passe au bleu horizon. C’est cette même soutache blanche, et non la soutache verte plus ancienne de 1903, que l’artillerie de montagne porte encore aujourd’hui. 1
Que représente l’insigne du 93e régiment d’artillerie de montagne ?
Un aigle aux ailes déployées portant deux canons, sous la devise « De roc et de feu ». Le motif évoque les missions d’appui feu en haute altitude propres à ce régiment. 2 3
Reste-t-il plusieurs régiments d’artillerie de montagne aujourd’hui ?
Non. En 1939, l’arme comptait trois régiments, les 2e, 93e et 94e régiments d’artillerie de montagne. Seul le 93e régiment d’artillerie de montagne existe encore, à Varces-Allières-et-Risset, en Isère. 1 2
Sources et références
- Chef d’escadron Charles Letrait, extraits publiés sous le titre « Historique de l’artillerie de montagne depuis son origine », Base documentaire des Artilleurs. artillerie.asso.fr. Consulté le 18/09/2026.
- Ministère des Armées, « 93e régiment d’artillerie de montagne ». defense.gouv.fr. Consulté le 18/09/2026.
- Association du patrimoine militaire de Lyon et sa région, « Le 93° RAM ». museemilitairelyon.com. Consulté le 18/09/2026.
- Musée des Troupes de montagne, « Inauguration de l’exposition « l’Artillerie de montagne » ». museedestroupesdemontagne.fr. Consulté le 18/09/2026.
Sur le même sujet
- Lire un insigne de bataillon de chasseurs alpins Le cor de chasse et l’édelweiss suivent une histoire distincte, avec le même système d’homologation depuis 1945.
- Le 93e régiment d’artillerie de montagne L’histoire complète du seul régiment d’artillerie de montagne encore actif, de sa formation en 1924 à ses garnisons successives.
- 1888, la naissance des troupes alpines françaises La loi qui crée les bataillons alpins crée aussi, le même jour, les premières batteries de montagne.
