Unités et garnisons

Défilé militaire du 93e régiment d'artillerie de montagne dans les rues de Chambéry
Défilé du 93e régiment d'artillerie de montagne, veille du centenaire de l'armistice de 1918, Chambéry, 10 novembre 2018. Photographie Florian Pépellin, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Le 93e régiment d’artillerie de montagne : canons, mulets et vallées

Basé aujourd’hui à Varces-Allières-et-Risset, en Isère, le 93e régiment d’artillerie de montagne appuie de son feu les bataillons de chasseurs alpins de la 27e brigade d’infanterie de montagne. Formé le 1er janvier 1924 à Grenoble, il hérite d’un siècle de canons démontables portés à dos de mulet dans les vallées alpines. Sur la continuité exacte de son histoire entre 1940 et aujourd’hui, la notice officielle et les fonds d’archives ne racontent pas tout à fait la même chose.

Un régiment d’appui, pas de choc

Le 93e régiment d’artillerie de montagne (93e RAM) n’occupe pas le terrain, il le couvre. Sa mission consiste à fournir l’appui feu et le renseignement aux unités d’infanterie de la 27e brigade d’infanterie de montagne (27e BIM), déjà présentée par un autre article de ce site : les bataillons de chasseurs alpins avancent, le 93e RAM règle ses tirs pour dégager leur progression.[1]

Repère : qu’est-ce qu’un canon de montagne ?

Contrairement à l’artillerie de campagne, un canon de montagne se démonte en plusieurs charges transportables à dos d’homme ou de mulet, puis se remonte sur place. C’est cette contrainte de portabilité, plus que le calibre, qui définit la spécialité depuis la fin du XIXe siècle : le 93e RAM en tire directement son nom.

Des batteries alpines au 1er régiment d’artillerie de montagne

La spécialisation alpine de l’armée française remonte à la loi du 24 décembre 1888, qui transforme douze bataillons de chasseurs à pied en bataillons alpins, chacun associé à une batterie d’artillerie de montagne et à un détachement du génie, sur un principe déjà éprouvé dans le Briançonnais dès les années 1880.[6] C’est de ces batteries alpines que le 93e RAM se dit l’héritier, aux côtés du 1er régiment d’artillerie de montagne, que l’Association du patrimoine militaire de Lyon et sa région situe créé en 1909, sans que la page officielle du ministère des Armées ne précise cette date.[1][4]

1924 : la formation du régiment à Grenoble

Le 93e RAM est formé le 1er janvier 1924 à Grenoble, au quartier Hoche.[1][4][5] Son étendard porte, dès sa création, le souvenir de campagnes antérieures à sa propre formation : celles des batteries et bataillons dont il hérite les traditions au Maroc (1912-1913), en Champagne (1915) et à Dobropolje, sur le front de Macédoine (1918).[1]

Dans l’entre-deux-guerres, le régiment transporte ses pièces, canon de 80 modèle De Bange puis canon de montagne de 65, à dos de mulet dans les massifs de Tarentaise, de Maurienne, de Chartreuse et du Vercors, avant que ces matériels ne cèdent la place, à la fin des années 1920, aux canons de montagne 75M et 105M.[4][5]

La chronologie du régiment

  1. 1909 (selon une source spécialisée) : création du 1er régiment d’artillerie de montagne, dont le 93e RAM se présente comme l’héritier ; le ministère des Armées ne donne pas cette date.[4]
  2. 1912-1913, 1915, 1918 : campagnes du Maroc, de Champagne et de Dobropolje, inscrites au drapeau du régiment au titre des unités dont il hérite.[1]
  3. 1er janvier 1924 : formation du 93e régiment d’artillerie de montagne à Grenoble, quartier Hoche.[1][4]
  4. Fin des années 1920 : le canon de 80 de Bange et le canon de montagne de 65 cèdent la place aux canons de montagne 75M et 105M, selon l’Association du patrimoine militaire de Lyon.[4]
  5. Jusqu’en 1939 : les pièces voyagent à dos de mulet dans les massifs de Tarentaise, Maurienne, Chartreuse et Vercors.[1][4]
  6. Octobre 1939 : mobilisation du régiment au sein de la 27e division alpine.[4]
  7. Juin 1940 : bataille des Alpes ; selon l’Association du patrimoine militaire de Lyon, seul le IIIe groupe du régiment, engagé dans le Queyras, affronte les troupes italiennes.[4]
  8. 1919-1940 : période couverte par un premier fonds d’archives du Service historique de la Défense, qui inclut des pièces de formation et de dissolution du régiment.[2]
  9. 1944 : un régiment portant le même nom, transportant encore ses pièces à dos de mulet, livre au col du Midi, à 3593 mètres d’altitude, ce que le ministère des Armées présente comme les combats d’artillerie les plus hauts d’Europe.[1][5]
  10. Décembre 1944 au 1er avril 1946 : période couverte par un second fonds d’archives du Service historique de la Défense, distinct du premier, pour un régiment créé en décembre 1944 et dissous le 1er avril 1946.[3]
  11. 1952-1962 : guerre d’Algérie, inscrite au drapeau du régiment sous le nom d’Afrique du Nord.[1]
  12. 1976 : selon l’Association du patrimoine militaire de Lyon, le régiment quitte Grenoble pour Varces, où il partage depuis le quartier de Reyniès avec un bataillon de chasseurs alpins.[4]
  13. Novembre 2008 à avril 2012 : quatre hivers consécutifs d’engagement des batteries en Afghanistan.[1]
  14. Juin à octobre 2017 : opération Chammal, en appui des forces irakiennes contre l’organisation État islamique dans le nord de l’Irak.[1]

Ce que dit l’archive, ce que dit la notice officielle

La page officielle du ministère des Armées présente une filiation continue du régiment depuis le 1er janvier 1924 jusqu’à aujourd’hui, sans mentionner d’interruption.[1] Les fonds du Service historique de la Défense racontent une histoire plus fragmentée : un premier fonds couvre les années 1919 à 1940 et comprend des pièces de formation et de dissolution du régiment ; un second fonds, distinct, documente un régiment du même nom créé en décembre 1944 et dissous le 1er avril 1946.[2][3]

Les sources consultées pour cet article ne permettent pas d’établir, par un texte réglementaire, la continuité exacte de l’unité entre sa dissolution documentée par l’archive vers 1940, sa réapparition en décembre 1944, sa dissolution de nouveau en 1946, et le régiment garnisonné à Grenoble puis à Varces qui existe aujourd’hui. Le fait des combats du col du Midi en 1944, lui, est établi par deux sources indépendantes. Ce que rapportent les notices institutionnelles et associatives (une filiation ininterrompue depuis 1924) et ce que montrent les catalogues d’archives (des fonds bornés par des dissolutions) ne se recoupent donc pas entièrement : cet article rapporte l’un et l’autre plutôt que de trancher.

De Grenoble à Varces : l’héritage visible aujourd’hui

Le régiment quitte le quartier Hoche de Grenoble pour Varces-Allières-et-Risset en 1976, où il partage depuis le quartier de Reyniès avec un bataillon de chasseurs alpins de la 27e BIM, dans une caserne qui doit son nom à un officier résistant isérois déjà présenté par un autre article de ce site.[4] Le transport à dos de mulet, lui, a disparu : les canons de montagne 75M et 105M de l’entre-deux-guerres ont cédé la place au canon tracté TRF1 de 155 millimètres, puis aux canons automoteurs Caesar et aux mortiers de 120 millimètres actuellement en dotation.[4] Le régiment porte la devise « De roc et de feu ».[5]

Gravure ancienne d'un mulet chargé d'un canon de montagne démonté
Le transport à dos de mulet des pièces démontées, ici illustré par une gravure de 1891, reste la méthode de l’artillerie de montagne française jusqu’à la fin des années 1930. Illustration tirée d’un ouvrage de Louis Figuier (1819-1894), domaine public, Wikimedia Commons.

En bref

  • Le 93e régiment d’artillerie de montagne (93e RAM) est formé le 1er janvier 1924 à Grenoble, héritier des batteries alpines et du 1er régiment d’artillerie de montagne.
  • Jusqu’en 1939, ses canons de montagne voyagent démontés à dos de mulet dans les massifs alpins.
  • En 1944, un régiment du même nom livre au col du Midi, à 3593 mètres, ce que le ministère des Armées présente comme les combats d’artillerie les plus hauts d’Europe.
  • Les archives du Service historique de la Défense documentent des dissolutions en 1940 et en 1946 que la notice officielle du régiment ne mentionne pas : la continuité exacte de l’unité sur cette période n’est pas établie par les sources consultées.
  • Depuis 1976, le régiment tient garnison à Varces-Allières-et-Risset (Isère), quartier de Reyniès, au sein de la 27e brigade d’infanterie de montagne.

Questions fréquentes

Où le 93e RAM tient-il garnison aujourd’hui ?

À Varces-Allières-et-Risset, en Isère, au quartier de Reyniès, qu’il partage avec un bataillon de chasseurs alpins de la 27e brigade d’infanterie de montagne.[1]

Le régiment transporte-t-il encore ses canons à dos de mulet ?

Non. Les sources consultées situent la fin de ce mode de transport vers 1939, remplacé depuis par des moyens motorisés puis par les matériels actuels, canons automoteurs Caesar et mortiers de 120 millimètres.[1][4]

De quelles unités le 93e RAM se dit-il l’héritier ?

Des batteries alpines constituées après la loi de 1888 et du 1er régiment d’artillerie de montagne, dont il reprend les traditions à sa formation en 1924.[1]

Le régiment a-t-il connu une interruption d’existence ?

C’est un point que les sources ne permettent pas de trancher avec certitude : les archives du Service historique de la Défense documentent des dissolutions en 1940 et en 1946 que la notice officielle actuelle ne mentionne pas.[2][3]

Sources et références

  1. Ministère des Armées et des Anciens combattants, « 93e régiment d’artillerie de montagne », defense.gouv.fr, consulté le 30 août 2026. Lire la page
  2. Service historique de la Défense, notice d’archives « 93e régiment d’artillerie montagne » (référence GR/34/N/594-GR/34/N/595, 1919-1940), consulté le 30 août 2026. Voir la notice
  3. Service historique de la Défense, notice d’archives « 93e régiment d’artillerie de montagne » (référence GR/12/P/155/3, 1944-1947), consulté le 30 août 2026. Voir la notice
  4. Association du patrimoine militaire de Lyon et sa région, « Le 93° RAM », museemilitairelyon.com, 24 mars 2022, consulté le 30 août 2026. Lire l’article
  5. Association des amis du Musée de l’artillerie, « Historique du 93e régiment d’artillerie de montagne », artillerie.asso.fr, consulté le 30 août 2026. Lire la notice
  6. Chemins de mémoire, ministère des Armées, document sur la naissance des troupes alpines, cité par l’article « 1888, la naissance des troupes alpines françaises » de ce site.

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