Unités et garnisons

Monument national à la Résistance sur le plateau des Glières, en Haute-Savoie, entouré de montagnes
Monument national à la Résistance, plateau des Glières (Haute-Savoie), où le bataillon des Glières formé notamment d'officiers du 27e BCA a combattu en mars 1944. Photographie Guilhem Vellut, 12 mai 2021, licence CC BY 2.0, Wikimedia Commons.

Annecy et les chasseurs alpins : le 27e BCA et sa ville de garnison

Depuis 1922, le 27e bataillon de chasseurs alpins partage l’histoire d’Annecy. Casernes disparues, plateau des Glières, quartier reconverti en pôle numérique : la ville de Haute-Savoie garde la trace visible d’un siècle de vie militaire alpine, marqué par deux noms qui reviennent partout dans son paysage urbain actuel.

De Rochefort à Annecy, la longue marche d’un bataillon

Le 27e bataillon de chasseurs alpins ne naît pas en Savoie. Il est créé le 30 janvier 1871 à Rochefort, en Charente-Maritime, sous le nom de 27e bataillon de chasseurs à pied, l’un des sept bataillons formés au lendemain de la guerre franco-prussienne.[1] Comme dix autres bataillons de chasseurs à pied, il devient bataillon alpin en 1889, à la suite de la loi du 24 décembre 1888 qui fonde les troupes alpines françaises.[1]

La Première Guerre mondiale le confronte aux secteurs les plus disputés des Vosges et de la Somme : 1 822 officiers, sous-officiers et chasseurs y meurent. Le bataillon reçoit huit citations, dont six à l’ordre de l’armée, ce qui lui vaut la fourragère aux couleurs de la Légion d’honneur, une première pour un bataillon de chasseurs.[1] Georges Clemenceau vient le féliciter en personne et lui laisse son surnom, « le Tigre » : l’animal rejoint depuis lors le cor de chasse et le numéro sur l’insigne du bataillon.[1] Un chef de bataillon nommé de Galbert meurt au combat en 1916 : son nom sera donné six ans plus tard aux casernes d’Annecy.[2]

Après l’armistice, le 27e BCA stationne en Haute-Silésie de 1920 à 1922, dans le cadre du contrôle allié du plébiscite qui doit fixer le tracé de la frontière germano-polonaise.[2] C’est de cette garnison lointaine qu’il revient, en juillet 1922, pour s’installer définitivement à Annecy.[1][2]

1922 : le quartier Galbert, une caserne au cœur de la ville

Le bataillon prend ses quartiers dans une caserne bâtie en 1888 dans le secteur des Fins, entre l’avenue de Genève et la voie ferrée, sur près de trois hectares.[6] Elle prend alors le nom de Galbert, en hommage au chef de bataillon tombé pendant la Grande Guerre.[2] Le 27e BCA continue d’y être engagé au fil des tensions de l’entre-deux-guerres : occupation de la Ruhr en 1923, guerre du Rif au Maroc en 1925.[2]

En 1940, le bataillon combat au canal de l’Ailette, dans l’Aisne, et reçoit une nouvelle citation.[1] Mais c’est un autre épisode, quatre ans plus tard, à quinze kilomètres seulement d’Annecy, qui va sceller pour longtemps le lien entre le bataillon et sa ville de garnison.

Les Glières, l’épisode qui lie le bataillon à la ville

Fin janvier 1944, le lieutenant Théodose Morel, dit Tom, reçoit le commandement des maquis de Haute-Savoie et la mission de réceptionner les parachutages alliés sur le plateau des Glières. Officier du 27e BCA depuis le 1er octobre 1937, formé comme éclaireur-skieur à Chamonix, il organise la défense du plateau et regroupe plus de trois cents hommes en trois compagnies.[3]

Dans la nuit du 9 au 10 mars 1944, il conduit une opération contre le poste de commandement des groupes mobiles de réserve installé à Entremont. Les chasseurs désarment les gardes, mais un commandant vichyste, une arme restée cachée, tire à bout portant sur Tom Morel, qui s’effondre touché au cœur. Ses camarades l’enterrent sur le plateau des Glières le 13 mars.[3]

« Au moment où les chasseurs désarment leurs prisonniers, le commandant Lefèvre, chef des GMR, sort de sa poche une arme restée cachée et tire lâchement à bout portant sur Tom Morel qui s’effondre, touché au cœur. »Ministère des Armées, notice biographique de Théodose Morel

Le capitaine Maurice Anjot, également affecté au 27e BCA d’Annecy, prend alors le commandement du bataillon des Glières et rejoint le plateau le 18 mars 1944. Le 26 mars au soir, face à l’encerclement du plateau par plusieurs milliers d’hommes de la 157e division allemande et de la Milice, il donne l’ordre d’évacuation. Le lendemain, 27 mars, en couvrant le repli par le col du Perthuis, il tombe avec cinq de ses hommes dans une embuscade tendue près du cimetière de Nâves-Parmelan et y meurt.[4][5] Sur les 465 résistants des Glières, près d’un tiers perdent la vie dans ces combats.[5]

Quelques mois plus tard, en août 1944, le 27e BCA participe à la libération du département de Haute-Savoie.[1] Le 1er décembre 1944, il est officiellement refondé.[2]

Deux noms, deux quartiers

En 1996, quand le 27e BCA quitte le quartier Galbert pour de nouvelles installations à Cran-Gevrier, celles-ci prennent le nom de Tom Morel. L’adresse retenue porte, elle, le nom du capitaine Anjot. Un siècle après son installation à Annecy, le bataillon caserne encore sous les deux noms des officiers morts aux Glières.

Chronologie du 27e bataillon de chasseurs alpins

  1. 30 janvier 1871 : création à Rochefort du 27e bataillon de chasseurs à pied.[1]
  2. 1889 : le bataillon devient bataillon alpin de chasseurs à pied.[1]
  3. 1914-1918 : 1 822 morts, huit citations dont six à l’ordre de l’armée, fourragère aux couleurs de la Légion d’honneur.[1]
  4. 1916 : mort au combat du chef de bataillon de Galbert.[2]
  5. 1920 à 1922 : garnison en Haute-Silésie.[2]
  6. Juillet 1922 : installation à Annecy, quartier Galbert.[1][2]
  7. 1940 : combats au canal de l’Ailette, dans l’Aisne.[1]
  8. Nuit du 9 au 10 mars 1944 : mort du lieutenant Tom Morel à Entremont, plateau des Glières.[3]
  9. 27 mars 1944 : mort du capitaine Maurice Anjot à Nâves-Parmelan, en couvrant l’évacuation des Glières.[4]
  10. Août 1944 : participation à la libération de la Haute-Savoie.[1]
  11. 1er décembre 1944 : refondation officielle du bataillon.[2]
  12. 1955 à 1962 : engagement en Kabylie.[1]
  13. 1996-1997 : transfert du quartier Galbert au nouveau quartier Tom Morel, à Cran-Gevrier.[1][2]
  14. 2008-2009 puis 2011-2012 : déploiements en Afghanistan, province de la Kapisa.[1]

Ce que l’archive établit, ce qui reste incertain. Les dates et circonstances de la mort de Tom Morel et du capitaine Anjot reposent sur des notices officielles du ministère des Armées et d’une association de mémoire locale, qui se recoupent. Le sort du chef de bataillon de Galbert est moins documenté : les sources consultées ne s’accordent ni sur son prénom ni sur l’année exacte de sa mort (1915 ou 1916 selon les documents disponibles en ligne), faute d’accès à une fiche individuelle de Mémoire des Hommes. Le nom retenu ici, de Galbert, chef de bataillon du 27e, et l’année 1916 sont ceux qui reviennent dans le plus grand nombre de sources recoupées, sans certitude absolue.

Héritage et traces visibles aujourd’hui

Le quartier Galbert n’existe plus comme caserne. Après le départ du bataillon en 1996, le site a été reconverti en zone d’aménagement mixte : bureaux, logements et hauteurs limitées pour préserver les vues sur les montagnes environnantes. Il abrite aujourd’hui, entre autres occupants, le siège d’Ubisoft Annecy, la chambre de commerce et d’industrie et les archives municipales de la ville.[6]

Le 27e BCA, lui, tient toujours garnison à Cran-Gevrier, dans l’agglomération d’Annecy, au quartier Tom Morel. Il y compte environ 1 100 militaires répartis en sept unités élémentaires, sous la devise « Vivre libre ou mourir ».[1] Tom Morel repose à la nécropole nationale des Glières, à Thônes, à quelques kilomètres de la ville qu’il a défendue.

Croix de bois portant le nom de Théodose Tom Morel sur sa sépulture à la nécropole nationale des Glières
Sépulture de Théodose « Tom » Morel à la nécropole nationale des Glières, à Thônes. La plaque porte ses dates : 1915-1944. Photographie Mick7402, licence CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons.

En bref

  • Le 27e bataillon de chasseurs alpins est créé le 30 janvier 1871 à Rochefort, puis devient alpin en 1889.
  • Il s’installe à Annecy en juillet 1922, au quartier Galbert, nommé en hommage à un chef de bataillon tombé pendant la Première Guerre mondiale.
  • En mars 1944, deux de ses officiers, le lieutenant Tom Morel puis le capitaine Maurice Anjot, meurent en défendant le plateau des Glières.
  • Depuis 1996-1997, le bataillon caserne à Cran-Gevrier, au quartier Tom Morel, sur une adresse portant le nom du capitaine Anjot.
  • L’ancien quartier Galbert, à Annecy, abrite aujourd’hui des bureaux, dont le siège d’Ubisoft Annecy.

Questions fréquentes

Pourquoi le 27e BCA est-il installé à Annecy ?

Le bataillon revient de garnison en Haute-Silésie et s’installe à Annecy en juillet 1922, au quartier Galbert. Rien dans les sources consultées n’indique de lien antérieur particulier entre le bataillon et la ville avant cette date.

Qui étaient Tom Morel et le capitaine Anjot ?

Deux officiers du 27e BCA d’Annecy qui ont commandé successivement le bataillon des Glières en mars 1944, et qui sont morts tous les deux au combat en défendant ou en évacuant le plateau, à quelques kilomètres seulement d’Annecy.

Où se trouve la caserne du 27e BCA aujourd’hui ?

À Cran-Gevrier, commune limitrophe d’Annecy, au quartier Tom Morel, sur une adresse portant le nom du capitaine Anjot. Le bataillon a quitté le quartier Galbert, en centre-ville d’Annecy, en 1996-1997.

Que reste-t-il visible de l’ancienne caserne Galbert ?

Le site a été entièrement reconverti en quartier mixte de bureaux et de logements. Il n’existe plus de bâtiment militaire visible à cet emplacement.

Sources et références

  1. Ministère des Armées, page officielle du 27e bataillon de chasseurs alpins, defense.gouv.fr, consultée le 27 août 2026.
  2. Association du patrimoine militaire de Lyon et sa région, « Le 27° BCA », museemilitairelyon.com, consultée le 27 août 2026.
  3. Ministère des Armées, notice biographique « Théodose Morel », defense.gouv.fr, consultée le 27 août 2026.
  4. Le Souvenir Français, comité de Haute-Savoie, notice « Capitaine Maurice Raymond Pierre Anjot », souvenir74.fr, consultée le 27 août 2026.
  5. Ministère des Armées, « Mémoire : les combats des Glières », defense.gouv.fr, consultée le 27 août 2026.
  6. CAUE de Haute-Savoie, L’Observatoire, notice « Quartier Galbert à Annecy », caue-observatoire.fr, consultée le 27 août 2026.

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