Depuis 1932, l’École militaire de haute montagne (EMHM) forme à Chamonix les spécialistes de l’altitude et du grand froid de l’armée de Terre. Doyenne mondiale des écoles de ce type, dissoute au début de la Seconde Guerre mondiale puis reconstituée à la Libération, elle est aujourd’hui rattachée à la 27e brigade d’infanterie de montagne et délivre, au sommet de son cursus, le brevet de moniteur-guide militaire.
Une école née du relief alpin
L’idée d’une structure dédiée au combat en montagne circule dans l’armée française bien avant 1932. Dès 1889, le général de division baron Berge, gouverneur militaire de Lyon, entreprend d’organiser la défense des frontières alpines et installe des détachements aux points sensibles du massif.[1] Après la Première Guerre mondiale, le général Edmond Dosse crée des unités skieuses et porte le projet d’une école permanente.[1] En 1932, il obtient ce qu’il souhaitait depuis longtemps : la création à Chamonix de l’École de haute montagne (EHM), qu’il confie au capitaine André Marcel Pourchier, alors affecté au 27e bataillon de chasseurs alpins (BCA) d’Annecy.[1][5] L’école est, à sa création, la première structure militaire au monde consacrée à la formation de cadres pour le combat en haute montagne.[2]
Chronologie d’une école bientôt centenaire
- 1932 : création de l’École de haute montagne à Chamonix, administrativement rattachée au 27e BCA d’Annecy ; le capitaine Pourchier en prend le commandement.[1][5]
- 1933 : homologation de l’insigne de l’école, proposé par le lieutenant Terrasson à la demande du capitaine Pourchier : les aiguilles des Charmoz et du Grépon, vues du nord, sur fond bleu.[1]
- 1935 : l’école reçoit la mission de former un service technique chargé de mettre au point du matériel nouveau ; la formule de l’instruction évolue la même année.[1]
- 3 septembre 1939 : l’école est dissoute, ses cadres et ses chasseurs rejoignent le 199e bataillon de chasseurs de haute montagne, affecté à la défense des frontières alpines face aux divisions italiennes.[1]
- 2 septembre 1944 : le capitaine Pourchier, premier commandant de l’école, meurt en déportation au camp du Struthof.[1]
- novembre 1944 : une École de haute montagne provisoire est reconstituée à l’Alpe d’Huez au sein de la 1re division alpine, sous le commandement du capitaine Jean Lefort ; à la même période, le bataillon du Mont-Blanc combat au col du Midi, à plus de 3 000 mètres d’altitude.[1]
- 15 juin 1945 : l’école est reconstituée à Chamonix, sur proposition du colonel Decour, gouverneur militaire de Lyon, avec une mission élargie de formation de spécialistes montagne et ski pour l’ensemble de l’armée.[1][2]
- 1961 : incorporation de la première section de sous-officiers engagés volontaires, une vingtaine de recrues.[2]
- 1964 : l’école prend le nom d’École militaire de haute montagne (EMHM).[2]
- 1981 : le groupe militaire de haute montagne (GMHM), jusque-là basé à Grenoble, est intégré à l’EMHM.[2]
- 2009 : création du groupement d’aguerrissement montagne (GAM), héritier du complexe d’aguerrissement des Alpes.[4]
- 2012 : l’EMHM rejoint la 27e brigade d’infanterie de montagne.[2]
- 2024 : le GAM est intégré à l’EMHM.[2][3]
Cette chronologie s’appuie sur deux types de sources de nature différente. Les dates de 1932 à 1945 proviennent d’un article de la Revue historique des armées (1968), la seule étude universitaire identifiée sur le sujet[1] : elles reposent donc sur un travail d’historien, distinct des pages institutionnelles. Les dates postérieures à 1961 proviennent des pages officielles actuelles de l’armée de Terre, qui ne détaillent pas leurs propres sources internes. Aucun texte réglementaire (décret, JORF) n’a pu être consulté directement pour confirmer ces dernières dates.
Missions et organisation aujourd’hui
L’EMHM se présente comme le pôle d’expertise montagne et grand froid des armées.[3] Installée à Chamonix, avec une antenne du GAM à Modane, elle regroupe quatre entités.[2][3] La division des formations montagne rassemble une quarantaine d’experts, moniteurs de ski, d’escalade ou de parapente, qui organisent les stages allant de la qualification à l’expertise.[3] La division de la formation tactique prépare les cadres au combat interarmes en montagne et forme les sections d’éclaireurs de montagne (SEM).[3] Le groupe militaire de haute montagne (GMHM), une dizaine d’alpinistes militaires de haut niveau, explore des environnements extrêmes pour en tirer des enseignements techniques et matériels transmis ensuite aux unités.[3] Le GAM, de son côté, aguerrit chaque année une douzaine de groupes de stagiaires, pour des séjours de trois semaines en montagne et en conditions de grand froid.[4]
Le parcours de formation va de l’initiation à l’expertise. Les sous-officiers engagés volontaires suivent une formation de onze mois à l’issue de laquelle ils sont promus sergents ; plus de quatre-vingt-dix promotions ont été formées selon ce cursus depuis 1961.[3] Au sommet du parcours technique, le brevet de moniteur-guide militaire de haute montagne sanctionne le niveau le plus élevé de qualification en alpinisme, ski et escalade délivré par l’école.[3]
Héritage et traces visibles aujourd’hui
Le nom du capitaine Pourchier n’a jamais quitté l’école qu’il a fondée. Nommé capitaine en 1931 et affecté au 27e BCA d’Annecy, il reçoit du général Dosse, l’année suivante, la mission de créer et d’organiser l’école de ski et de haute montagne de Chamonix, qu’il commande jusqu’à la déclaration de guerre.[5] Élevé au grade de lieutenant-colonel à titre posthume après sa mort en déportation, il donne aujourd’hui son nom au quartier qui abrite l’EMHM, au 820 route des Pècles à Chamonix-Mont-Blanc, où une stèle porte son nom.[5]
L’insigne homologué en 1933, les aiguilles du Charmoz et du Grépon vues du nord, reste associé à l’école : ces deux sommets, qui dominent la vallée de Chamonix, ont longtemps servi de terrain d’entraînement à l’alpinisme militaire.[1] Il illustre une particularité de l’école par rapport aux autres unités des troupes de montagne : son insigne est homologué en 1933, douze ans avant la création du bureau de la symbolique militaire qui encadre depuis 1945 les insignes de l’ensemble de l’armée française.
En bref
L’École militaire de haute montagne naît en 1932 à Chamonix, à l’initiative du général Dosse et sous le commandement du capitaine Pourchier, mort en déportation en 1944. Dissoute en 1939, reconstituée en 1945, elle prend son nom actuel en 1964. Intégrée à la 27e brigade d’infanterie de montagne depuis 2012, elle rassemble aujourd’hui quatre entités, dont le groupe militaire de haute montagne et le groupement d’aguerrissement montagne de Modane, et forme du sous-officier engagé volontaire jusqu’au moniteur-guide militaire.
Questions fréquentes
L’EMHM forme-t-elle uniquement des officiers ?
Non. L’école forme aussi bien des officiers que des sous-officiers, notamment par la filière des engagés volontaires ouverte depuis 1961, qui débouche sur une promotion au grade de sergent après onze mois de formation.[2][3]
Quel est le lien entre l’EMHM, le GMHM et le GAM ?
Le GMHM (groupe militaire de haute montagne), né à Grenoble, est intégré à l’EMHM en 1981. Le GAM (groupement d’aguerrissement montagne), créé à Modane en 2009, le rejoint plus tard, en 2024 : les deux étaient auparavant des structures distinctes.[2][4]
Que reste-t-il du capitaine Pourchier à Chamonix ?
Le quartier qui abrite aujourd’hui l’EMHM porte son nom, Quartier Lieutenant-Colonel Marcel Pourchier, et une stèle lui rend hommage sur place.[5]
L’EMHM a-t-elle toujours été installée à Chamonix ?
Non. Dissoute en 1939, elle n’a été reconstituée sur place qu’en juin 1945 ; entre 1944 et cette date, une école provisoire a fonctionné à l’Alpe d’Huez.[1]
Sources et références
- Colonel Gonnet, « L’École militaire de Haute Montagne dans le massif du Mont Blanc », Revue historique des armées, n°24-3, 1968, consulté via Persée le 20 août 2026.
- Armée de Terre, « Historique de l’École militaire de haute montagne », terre.defense.gouv.fr, consulté le 20 août 2026.
- Ministère des Armées, « École militaire de haute montagne », defense.gouv.fr, consulté le 20 août 2026.
- Ministère des Armées, « Groupement d’aguerrissement montagne (GAM) », defense.gouv.fr, consulté le 20 août 2026.
- Le Souvenir Français, comité de Haute-Savoie, « Chamonix : stèle Lieutenant-Colonel Pourchier », souvenir74.fr, consulté le 20 août 2026.
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Pour situer l’EMHM parmi les lieux de mémoire des troupes de montagne, voir aussi Chemins de mémoire.
