Insignes et traditions

Le drapeau unique des chasseurs et le corps des officiers du 65e bataillon de chasseurs à pied en Alsace en 1917
Le drapeau des Chasseurs et le corps des officiers du 65e bataillon de chasseurs à pied, en Alsace, 1917. Auteur inconnu, via l'amicale des 25e, 65e et 106e bataillons de chasseurs à pied. Domaine public, Wikimedia Commons.

Sidi-Brahim, la fête des chasseurs : d’où vient cette date

Chaque 25 septembre, les bataillons de chasseurs alpins et de chasseurs à pied célèbrent leur fête d’arme. Elle ne commémore pas une victoire, mais un siège de trois jours mené par une poignée d’hommes encerclés en Algérie en 1845 : Sidi-Brahim.

Un combat, pas une victoire

Le 23 septembre 1845, la colonne du lieutenant-colonel Lucien de Montagnac, forte d’environ 350 chasseurs du 8e bataillon de chasseurs à pied et d’un escadron du 2e régiment de hussards, est prise à partie en marche par les cavaliers de l’émir Abd el-Kader, alors en pleine résistance à la conquête française de l’Algérie.[1] Montagnac est mortellement blessé. Le capitaine Dutertre, fait prisonnier, refuse de crier aux survivants d’accepter la reddition qu’Abd el-Kader exige de lui : il est décapité sur ordre de l’émir.[1]

Une partie des rescapés se replie et tient trois jours dans le marabout de Sidi-Brahim, avant qu’une sortie désespérée, menée par le caporal Lavayssière, ne ramène une poignée de survivants jusqu’aux lignes françaises.[1] C’est ce siège, et non une bataille gagnée, que les chasseurs commémorent chaque année.

  1. 1837 : le duc d’Orléans fonde à Vincennes le corps des chasseurs à pied, organisé en bataillons autonomes, jamais rassemblés en régiments.[2]
  2. 28 septembre 1840 : dix bataillons de chasseurs à pied non enrégimentés sont créés et formés au camp d’Helfaut, près de Saint-Omer.[2]
  3. 4 mai 1841 : le roi Louis-Philippe remet aux bataillons, place du Carrousel à Paris, un drapeau unique pour l’ensemble du corps, faute de régiments distincts pour s’en partager plusieurs.[2][3]
  4. 23 au 25 ou 26 septembre 1845 : combat et siège de Sidi-Brahim, près de Nemours, en Algérie.[1]
  5. 1846 : le chansonnier Pierre Dupont compose « Le Chant des ouvriers » ; son air sera repris pour le chant de tradition « la Sidi-Brahim ».[4]
  6. Avant 1870 : le colonel Guignard atteste, dans la Revue d’infanterie de février 1938, que les bataillons de chasseurs défilaient déjà aux accents de ce chant.[4]
  7. 25 septembre : date retenue chaque année par l’armée de terre pour la fête des chasseurs, en mémoire de Sidi-Brahim.[1]
  8. 16 septembre 2000 : le mémorial des chasseurs est inauguré dans le pavillon du Roi, au château de Vincennes.[2]
  9. 2015 : les journées Bleu-Jonquille de Vincennes, où le drapeau unique des chasseurs passe d’un bataillon à l’autre, en sont à leur 45e édition.[3]

Trois jours dans le marabout

Assiégé par plusieurs milliers de cavaliers, le petit groupe retranché autour du capitaine de Géreaux résiste à court de vivres et de munitions, jusqu’à couper les balles en deux pour continuer à tirer.[5] De Géreaux meurt lors du dernier assaut. Le clairon Rolland, dit l’épisode que rapporte l’armée de terre sur son propre portail consacré aux traditions, refuse de sonner la retraite et sonne la charge à la place.[5]

La sortie finale, conduite par le caporal Lavayssière, ramène quelques survivants jusqu’aux lignes françaises. C’est de ce sursaut, plus que du siège lui-même, que le vocabulaire des chasseurs a tiré une expression restée en usage : « faire Sidi-Brahim » désigne, chez les chasseurs, le fait de tenir une position jusqu’au bout, sans reddition ni retraite.[1]

Repère : que veut dire « faire Sidi-Brahim » ?

Dans le vocabulaire des bataillons de chasseurs, l’expression désigne une résistance menée jusqu’à l’épuisement des moyens, plutôt qu’une reddition. Elle renvoie directement au siège de 1845, devenu la référence commune à laquelle se mesure, dans la tradition orale du corps, toute situation de combat désespéré.

Peinture du combat de Sidi-Brahim en 1845, chasseurs à pied retranchés faisant face aux cavaliers d'Abd el-Kader
Le combat de Sidi-Brahim, peinture de Gaspard Gobaut, 1845. Domaine public, Wikimedia Commons.

Ce que les sources ne racontent pas de la même façon

Trois pages officielles ou quasi officielles de l’armée de terre, consacrées au même événement, ne s’accordent ni sur les effectifs engagés, ni sur le nombre des survivants, ni sur le jour exact de la sortie finale. L’une évoque 426 hommes face à environ 10 000 combattants, 82 survivants après les premiers combats puis 15 à l’issue des trois jours.[1] Une autre, sur le même portail ministériel, parle de 350 chasseurs et 60 hussards face à 5 000 à 6 000 cavaliers, et de 16 hommes rescapés.[5] La notice consacrée au chant de tradition, sur ce même site, ne retient que 6 survivants parvenus jusqu’aux lignes françaises.[4] La date de la sortie finale varie de la même façon, le 25 ou le 26 septembre selon la page consultée.[1][5]

Note de transparence

Ces écarts ne portent pas sur l’existence du combat ni sur son issue tragique, établies par toutes les sources consultées, mais sur des chiffres précis d’effectifs et de survivants. Plutôt que de choisir arbitrairement une version, cet article rapporte l’écart tel qu’il apparaît entre les pages officielles elles-mêmes : sur un événement vieux de plus de cent quatre-vingts ans, transmis d’abord par le récit régimentaire avant d’être fixé par l’archive, la divergence des chiffres fait partie de l’histoire de la mémoire de Sidi-Brahim autant que le combat lui-même.

D’une défaite à une fête d’arme

Le corps des chasseurs à pied, fondé en 1837 puis organisé en dix bataillons en 1840, n’a jamais été regroupé en régiments : c’est pourquoi ses bataillons se partagent, depuis 1841, un drapeau unique pour l’ensemble de l’arme plutôt qu’un drapeau par unité.[2] Ce drapeau a été remplacé douze fois depuis sa remise par Louis-Philippe, au fil des régimes politiques qui se sont succédé, et porte notamment la croix de la Légion d’honneur obtenue après Solférino en 1859 et la médaille militaire gagnée à Saint-Blaise en 1914.[3]

Chaque année, lors des journées Bleu-Jonquille au château de Vincennes, ce drapeau unique est confié pour un an à l’un des bataillons de chasseurs en activité.[3] Les sources consultées ne permettent pas de dater précisément la création de cette cérémonie : en 2015, elle en était à sa 45e édition, ce qui situe son origine autour du début des années 1970, sans qu’un texte fondateur n’ait pu être identifié.[3]

La fête du 25 septembre réunit aujourd’hui des bataillons de chasseurs alpins, dont le 7e, le 13e et le 27e, aux côtés de bataillons de chasseurs à pied comme le 1er CENTAC et le 16e.[1] Cette communauté de fête rappelle que les bataillons alpins, créés en 1888, sont eux-mêmes issus de la transformation de douze bataillons de chasseurs à pied antérieurs, et qu’ils en ont hérité le chant, le vocabulaire et cette fête d’arme avant même d’exister comme troupes de montagne.

Le drapeau des chasseurs et le corps des officiers du 65e bataillon de chasseurs à pied en Alsace en 1917
Le drapeau unique des chasseurs, ici présenté au 65e bataillon de chasseurs à pied en Alsace en 1917. Domaine public, Wikimedia Commons.

Ce qui reste visible aujourd’hui

Le mémorial des chasseurs, inauguré le 16 septembre 2000 dans le pavillon du Roi au château de Vincennes, documente cette histoire à l’endroit même où le corps a été formé et où son drapeau unique continue d’être gardé entre deux passations.[2] Le nom de Sidi-Brahim reste aussi porté par des rues et des quartiers de garnison, et le chant qui lui doit son nom continue de figurer, avec les Allobroges déjà présentées sur ce site, au carnet de chants de l’armée de terre et au répertoire attendu de tout chasseur lors de son baptême.

En bref

  • Sidi-Brahim est un siège de trois jours livré en Algérie du 23 au 25 ou 26 septembre 1845, pas une victoire.
  • Le 25 septembre est devenu la fête annuelle de tous les bataillons de chasseurs, alpins comme à pied.
  • Les effectifs et le nombre de survivants varient selon les pages officielles elles-mêmes consultées, sans qu’aucune ne fasse référence unique.
  • Le drapeau unique des chasseurs, remis en 1841, est confié chaque année à un bataillon différent lors des journées Bleu-Jonquille à Vincennes.
  • Les bataillons alpins actuels, issus de bataillons de chasseurs à pied transformés en 1888, célèbrent Sidi-Brahim au même titre que leurs aînés.

Questions fréquentes

Pourquoi fête-t-on une défaite ?

Parce que la tradition retient moins l’issue du combat que la conduite des hommes assiégés, qui ont résisté jusqu’à l’épuisement de leurs moyens plutôt que de se rendre. C’est ce comportement, plus que le résultat militaire, que la fête du 25 septembre commémore.

Les chasseurs alpins sont-ils concernés par Sidi-Brahim, un combat antérieur à leur création ?

Oui : les bataillons alpins créés en 1888 sont issus de bataillons de chasseurs à pied déjà existants, dont ils ont hérité l’uniforme, le cor de chasse et les traditions, Sidi-Brahim comprise.

Le drapeau des chasseurs est-il vraiment unique pour toute l’arme ?

Oui, et c’est une particularité par rapport aux régiments d’infanterie classiques : les bataillons de chasseurs n’ayant jamais été rassemblés en régiments, ils se partagent depuis 1841 un seul et même drapeau, confié à tour de rôle à l’un d’entre eux.

Que sont les journées Bleu-Jonquille ?

Un rassemblement annuel au château de Vincennes, où les bataillons de chasseurs commémorent Sidi-Brahim et où le drapeau unique de l’arme est solennellement transmis au bataillon qui le gardera pour l’année à venir.

  1. Ministère des Armées, « La bataille de Sidi-Brahim : la fête des chasseurs », defense.gouv.fr, consulté le 07/09/2026.
  2. Service historique de la Défense, « La naissance du corps des chasseurs », servicehistorique.sga.defense.gouv.fr, consulté le 07/09/2026.
  3. Ministère des Armées, armée de Terre, portail CENTAC, « Le drapeau des Chasseurs », terre.defense.gouv.fr, consulté le 07/09/2026 ; RP Defense, « Rendez-vous à Vincennes : le drapeau des chasseurs passe aux mains du 7e BCA », rpdefense.over-blog.com, consulté le 07/09/2026.
  4. Ministère des Armées, armée de Terre, portail CENTAC, « Chant de la Sidi-Brahim », terre.defense.gouv.fr, consulté le 07/09/2026, citant le colonel Guignard, Revue d’infanterie, n°545, février 1938, p.465.
  5. Ministère des Armées, armée de Terre, portail CENTAC, « La Sidi-Brahim », terre.defense.gouv.fr, consulté le 07/09/2026.