Unités et garnisons

Défilé du 13e bataillon de chasseurs alpins au pied du château de Chambéry, lors de la passation de commandement de 2018
Défilé du 13e bataillon de chasseurs alpins au pied du château de Chambéry, lors de la passation de commandement du 19 juillet 2018. Photographie Florian Pépellin, licence CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Le 13e bataillon de chasseurs alpins : de Besançon à Barby, les garnisons d’une unité savoyarde

Le 13e bataillon de chasseurs alpins n’est pas né alpin. Créé en 1853 comme bataillon de chasseurs à pied, il change dix fois de garnison avant de se fixer à Chambéry en 1882, ne devient « alpin » qu’en 1888, et ne rejoint son quartier actuel de Barby, baptisé Roc Noir, qu’en 1980. Ce nom n’est pas un hasard de toponymie : trente-cinq ans plus tôt, le bataillon avait justement pris de haute lutte un sommet du même nom, au col du Petit-Saint-Bernard.

Une unité de la 27e brigade d’infanterie de montagne, en Savoie

Le 13e bataillon de chasseurs alpins (13e BCA) tient garnison au quartier Roc Noir, sur la commune de Barby, aux portes de Chambéry.[1] Il compte aujourd’hui environ 1 200 militaires répartis en huit compagnies et appartient à la 27e brigade d’infanterie de montagne, déjà présentée par un autre article de ce site à l’échelle de la brigade entière.[1] Le présent article prend l’angle du bataillon lui-même : une histoire propre, qui commence bien avant son rattachement à la brigade actuelle et bien avant la Savoie.

Naissance à Besançon, avant l’alpe

Le bataillon est créé par un décret impérial du 22 novembre 1853, qui forme dix nouveaux bataillons de chasseurs à pied.[1] Il est effectivement formé à Besançon le 23 janvier 1854.[1] Pendant près de trente ans, il n’a rien de montagnard : l’association du patrimoine militaire de Lyon et sa région, qui a reconstitué son parcours de garnison en garnison, le situe successivement à Auxonne, Châlons, Toulouse, Besançon de nouveau, Vincennes, Paris, Metz, Strasbourg et Tours, avant un passage par Embrun et Mont-Dauphin, dans les Hautes-Alpes, à la fin des années 1870.[2] Rien, dans cette liste, n’annonce encore une vocation alpine : elle vient de la loi du 24 décembre 1888, qui transforme douze bataillons de chasseurs à pied en bataillons alpins.[3]

Chambéry, garnison savoyarde depuis 1882

Le bataillon arrive à Chambéry en septembre 1882, casernant d’abord à la caserne Curial, qu’il partage avec des compagnies du 97e régiment d’infanterie.[4] Les locaux se révèlent trop exigus, notamment pour loger les mulets du bataillon : après plusieurs années de discussions, un nouveau casernement est construit au quartier de Joppet, qui accueille le 13e à partir du 17 septembre 1889.[4] Ce même site sera plus tard désigné sous le nom de quartier Verlet-Hanus, en mémoire du chef de corps tué le 28 août 1914 lors des premiers combats d’Alsace.[4]

Aucune des sources consultées ne date précisément le changement de nom du quartier de Joppet en quartier Verlet-Hanus. Le fait que les deux désignations renvoient au même site, avant le départ pour Barby en 1980, est établi ; la date exacte du nouveau baptême ne l’est pas et n’est donc pas avancée ici.

Deux guerres mondiales, une reconstitution

Pendant la Première Guerre mondiale, le bataillon combat notamment au Hartmannswillerkopf au printemps 1915 et dans la Somme en 1916, où il subit ses pertes les plus lourdes ; il en ressort avec sept citations et la fourragère aux couleurs de la médaille militaire.[2][4] En juin 1940, engagé dans la Somme lors de la campagne de France, il gagne une huitième citation pour sa résistance, avant la débâcle et la captivité d’une grande partie de ses effectifs.[2] Reconstitué à Chambéry sous l’Armée d’armistice, il est dissous le 27 novembre 1942, au lendemain de l’invasion de la zone libre.[2] Le bataillon renaît officiellement le 1er janvier 1945, sous la forme d’abord d’un « bataillon de Savoie », engagé en Haute-Tarentaise face aux troupes germano-italiennes retranchées sur les hauteurs du col du Petit-Saint-Bernard.[2]

Chronologie

  1. 22 novembre 1853 : un décret impérial crée dix nouveaux bataillons de chasseurs à pied, dont le futur 13e.[1]
  2. 23 janvier 1854 : le bataillon est effectivement formé à Besançon.[1]
  3. Septembre 1882 : arrivée à Chambéry, casernement à la caserne Curial.[4]
  4. 17 septembre 1889 : transfert au quartier neuf de Joppet, plus tard renommé Verlet-Hanus.[4]
  5. 1888 : le bataillon devient bataillon alpin, avec onze autres unités de chasseurs à pied.[3]
  6. 27 novembre 1942 : dissolution du bataillon après l’invasion de la zone libre.[2]
  7. 1er janvier 1945 : reconstitution officielle du 13e bataillon de chasseurs alpins.[2]
  8. 23 au 31 mars 1945 : combats du Roc Noir, au col du Petit-Saint-Bernard ; neuvième citation du bataillon.[1]
  9. Juin 1980, inauguré le 2 octobre 1981 : transfert du quartier Verlet-Hanus vers le quartier Roc Noir, à Barby.[1]

Les combats du Roc Noir : deux bilans qui ne se recoupent pas

En mars 1945, une ligne de défense germano-italienne barre le col du Petit-Saint-Bernard sur près de quatre kilomètres, entre le Roc Noir, la Redoute Ruinée et le mont Valezan, dominant la vallée de Bourg-Saint-Maurice.[5] Le 13e BCA y mène plusieurs assauts entre le 23 et le 31 mars, dans le froid et sur un terrain enneigé, avant d’enlever le sommet à la grenade et au corps à corps le dernier jour.[5] Ce sont, selon la page consacrée au quatre-vingtième anniversaire du combat par le ministère des Armées, les seuls combats menés par le 13e BCA en Savoie de toute son histoire.[1]

Sur le bilan humain des combats du Roc Noir, les sources de premier rang consultées ne s’accordent pas. La page du ministère des Armées consacrée au quatre-vingtième anniversaire du combat avance quarante morts et soixante blessés.[6] Mémoire des Alpins, qui détaille l’engagement jour par jour et nomme certaines des victimes, dont l’adjudant Chêne et l’aumônier Camille Folliet, grièvement blessé et mort de ses suites, avance un bilan très inférieur : dix-neuf tués et trente et un blessés.[5] Aucune des deux sources ne cite l’autre. L’écart n’est pas tranché ici.

Monument aux morts du 13e bataillon de chasseurs alpins à Barby
Monument aux morts du 13e bataillon de chasseurs alpins, au quartier Roc Noir de Barby, photographié en 2016. Photographie Anthony Levrot, licence CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Un nom de quartier qui fait écho à un fait d’armes du bataillon

Trente-cinq ans après les combats du col du Petit-Saint-Bernard, le bataillon quitte en juin 1980 le quartier Verlet-Hanus de Chambéry pour un quartier neuf construit à Barby, en périphérie de la ville, inauguré le 2 octobre 1981 par le ministre de la Défense de l’époque, Charles Hernu.[1] Ce nouveau quartier porte le nom de Roc Noir, celui-là même du sommet pris par le bataillon en 1945.[1]

Aucune source consultée n’affirme en toutes lettres que le quartier de Barby a été nommé en hommage aux combats de 1945. Le rapprochement (même nom, même bataillon, sommet pris par l’unité elle-même trente-cinq ans plus tôt) est fort, mais il relève ici du recoupement plutôt que d’une source qui l’énoncerait explicitement.

Le quartier Roc Noir aujourd’hui

Le quartier accueille aujourd’hui le 13e BCA comme unité d’infanterie de montagne motorisée de la 27e brigade d’infanterie de montagne.[1] Depuis le début des années 2000, le bataillon a participé à plusieurs opérations extérieures, dans les Balkans puis en Afghanistan et au Sahel, aux côtés des autres unités de la brigade.[1] Sa fanfare a par ailleurs enregistré en 1960, au château d’Annecy, le chant des Allobroges, hymne savoyard devenu air de tradition des bataillons alpins.[7] Le bataillon met par ailleurs sur pied, en 1930, sa propre section d’éclaireurs-skieurs, l’année même où le général Dosse donne l’impulsion nationale à ce type d’unité.[4] Fanions, insignes et uniformes de ce type d’unité alpine se retrouvent aujourd’hui dans les collections du musée des Troupes de montagne, à Grenoble.

En bref

Le 13e bataillon de chasseurs alpins naît en 1853 comme bataillon de chasseurs à pied, sans lien avec la montagne, et ne devient alpin qu’en 1888, après avoir déjà changé plusieurs fois de garnison. Fixé à Chambéry depuis 1882, il quitte la ville en 1980 pour le quartier de Barby, nommé Roc Noir en écho à un sommet que le bataillon avait lui-même repris en mars 1945, au prix de pertes que les sources ne chiffrent pas de la même façon.

Questions fréquentes

Depuis quand le 13e BCA est-il en garnison à Chambéry ?

Depuis 1882, d’abord à la caserne Curial, puis à partir de 1889 au quartier de Joppet, devenu par la suite le quartier Verlet-Hanus, avant le transfert à Barby en 1980.[4]

Pourquoi le quartier de Barby s’appelle-t-il Roc Noir ?

Le nom reprend celui d’un sommet du col du Petit-Saint-Bernard, pris par le bataillon lui-même en mars 1945. Aucune source consultée n’explique formellement ce choix, mais le rapprochement entre le nom du quartier et ce fait d’armes est direct.[1]

Combien de soldats sont morts lors des combats du Roc Noir en 1945 ?

Les sources ne s’accordent pas : le ministère des Armées avance quarante morts et soixante blessés, quand Mémoire des Alpins, qui détaille le combat jour par jour, avance dix-neuf tués et trente et un blessés.[6][5]

Le 13e BCA a-t-il toujours été un bataillon alpin ?

Non. Créé en 1853 comme bataillon de chasseurs à pied, il n’acquiert sa désignation alpine qu’en 1888, en même temps que onze autres bataillons.[3]

Sources et références

  1. Préfecture de la Savoie, page officielle « 13ème Bataillon de Chasseurs Alpins », savoie.gouv.fr, consulté le 08/09/2026.
  2. Association du patrimoine militaire de Lyon et sa région, « Le 13° BCA », museemilitairelyon.com, consulté le 08/09/2026. Déjà utilisée comme source pour les articles sur la 27e brigade d’infanterie de montagne, la naissance des troupes alpines en 1888, Annecy et le 93e régiment d’artillerie de montagne.
  3. Colonel Cyrille Becker, Aux origines de l’alpinisme militaire, Chemins de mémoire, ministère des Armées, sur la loi du 24 décembre 1888, déjà utilisé comme source pour l’article de ce site sur la naissance des troupes alpines. cheminsdememoire.gouv.fr, consulté le 08/09/2026.
  4. Histoire & Mémoire Militaire Alpine, « Petit historique du 13e Bataillon de chasseurs alpins (1880-1944) », histoire-memoire-militaire-alpine.fr, consulté le 08/09/2026.
  5. Mémoire des Alpins, page « Tarentaise », memoire-des-alpins.com, consulté le 08/09/2026.
  6. Ministère des Armées, « 80 ans des combats du Roc Noir », defense.gouv.fr, consulté le 08/09/2026.
  7. Bibliothèque nationale de France (Gallica), « Les Allobroges ; Marche des piqueurs ; Sidi Brahim ; Roncevaux / Fanfare du 13e bataillon de Chasseurs alpins ; adjudant-chef Vertongeren, dir. », enregistrement de 1960, déjà utilisé comme source pour l’article de ce site sur ce chant, consulté le 16/08/2026.

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