Unités et garnisons

Vue aérienne de la vieille ville fortifiée de Briançon, avec ses remparts en étoile dessinés par Vauban
Vue aérienne de l'enceinte fortifiée de Briançon, dessinée par Vauban à partir de 1692. Photographie Etienne Baudon, 11 juin 2013, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Briançon et les troupes de montagne : place forte, garnison, mémoire

Briançon concentre en un seul lieu ce que le site documente ailleurs par pièces séparées : une place forte classée au patrimoine mondial, un régiment qui donne son nom à la ville pendant plus d’un siècle, et une paternité disputée sur la naissance du ski militaire français. La garnison a disparu depuis 2009, les remparts, eux, sont toujours là.

Une ville verrouillée par Vauban

Briançon occupe une position de carrefour, au confluent de cinq vallées alpines, à proximité immédiate de l’ancienne frontière avec le royaume de Savoie. Cette situation stratégique vaut à la ville, à la fin du XVIIe siècle, l’attention de Sébastien Le Prestre de Vauban, ingénieur militaire de Louis XIV. Le réseau des sites majeurs Vauban, qui regroupe les douze ensembles fortifiés inscrits au patrimoine mondial, situe les travaux entre 1692 et 1736 : l’enceinte urbaine, les forts des Salettes, des Trois Têtes, du Dauphin et du Randouillet, la communication dite « Y » et le pont d’Asfeld.1

L’ensemble est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2008, au titre du réseau des fortifications de Vauban, selon la page officielle de la ville de Briançon.2

Repère

Une place forte est une ville fortifiée destinée à verrouiller un point de passage stratégique. Briançon en est un exemple alpin rare : contrairement aux places de plaine, ses défenses s’étagent sur un relief escarpé, ce qui a exigé de Vauban et de ses successeurs des solutions d’adaptation propres à la montagne.

Le régiment de la ville : le 159e

La fortification ne suffit pas à faire une garnison. Celle de Briançon prend corps deux siècles plus tard avec le 159e régiment d’infanterie, créé en octobre 1887 dans la région de Nice à partir de bataillons prélevés sur trois régiments existants. Une notice de la Bibliothèque dauphinoise, éditrice d’un guide militaire du Briançonnais publié par ce même régiment en 1898-1899, précise qu’il a pris sa garnison à Briançon en juillet 1890, en s’installant dans les casernes Sainte-Catherine, construites entre 1882 et 1885 en contrebas de la citadelle.3

Le régiment, surnommé le 15-9 ou le régiment de la neige, va rester associé à la ville, avec des interruptions liées aux deux guerres mondiales, jusqu’en 1994. L’Association du patrimoine militaire de Lyon et sa région, dont les travaux ont déjà servi de source aux articles sur la 27e brigade d’infanterie de montagne et sur la naissance des troupes alpines, en a reconstitué la chronologie complète à partir d’archives régimentaires.4

Chronologie

  1. 1692 à 1736. Vauban puis ses successeurs construisent l’enceinte urbaine et les forts qui verrouillent Briançon.1
  2. Octobre 1887. Création du 159e régiment d’infanterie dans la région de Nice.3 4
  3. Juillet 1890. Le régiment permute avec le 161e RI et s’installe à Briançon, dans les casernes Sainte-Catherine.3 4
  4. 1900 à 1904. Le régiment devient un foyer du ski militaire naissant, sur une chronologie précise que les sources ne recoupent pas entre elles (voir encadré ci-dessous).6 7
  5. 1914 à 1918. Le régiment combat dans les Vosges, en Artois, à Verdun, sur la Somme et au Chemin des Dames, avant de participer à l’occupation de la rive gauche du Rhin.4
  6. 1922. Les premiers brevets d’Éclaireur-Skieur sont délivrés à Briançon, au Centre d’Études de la Montagne créé en 1920.4
  7. Juin 1940. Les sections d’éclaireurs-skieurs du régiment, restées pour la défense de Briançon, participent à la destruction du fort italien du Chaberton.4
  8. Août 1940. Le régiment est dissous après l’armistice ; Briançon passe sous occupation italienne.4
  9. Décembre 1944. Il renaît sous le même nom à partir de trois bataillons de Forces françaises de l’intérieur, du Jura, de l’Ardèche et de la Drôme.4
  10. 1er juillet 1951. Réduit à un bataillon, il est reconstitué à Briançon.4
  11. 1er juillet 1964. Il reprend le nom de 159e régiment d’infanterie alpine.4
  12. Juillet 1994. Le 159e RIA est dissous ; le Centre national d’aguerrissement en montagne lui succède à Briançon, en conservant son drapeau et ses traditions.4
  13. 2008. Les fortifications de Vauban à Briançon sont inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO.2
  14. 2009. Le Centre national d’aguerrissement en montagne est à son tour dissous : Briançon perd sa dernière implantation militaire permanente.4

Le berceau du ski militaire, une paternité disputée

Briançon revendique, dans plusieurs récits, le titre de berceau du ski militaire français. L’affirmation résiste mal à un examen serré des sources, qui ne s’accordent ni sur l’homme, ni tout à fait sur les faits.

Deux généalogies qui ne se recoupent pas

Un document du ministère des Armées publié sur Chemins de mémoire, déjà source de l’article sur la naissance des troupes alpines en 1888, attribue la création de la première école de ski militaire française à Briançon, en janvier 1904, à l’officier François Henri Dunod, du 12e bataillon de chasseurs à pied, déjà connu pour la première ascension hivernale française du mont Blanc en 1892.6 Mémoire des Alpins, source spécialisée déjà utilisée pour l’article sur les sections d’éclaireurs-skieurs, situe la même école, la même année, sous la direction du capitaine Bernard, à la suite de l’initiative personnelle du capitaine Clerc, officier du 159e RI, qui s’entraîne au ski dès 1900 et obtient l’autorisation d’instruire des hommes pendant l’hiver 1901-1902 ; cette source ne mentionne jamais Dunod.7 Aucune des deux ne cite l’autre. Par ailleurs, Mémoire des Alpins situe le tout premier usage militaire du ski en France non pas à Briançon mais à Embrun, où le lieutenant Widmann réussit dès le 12 février 1897 l’ascension à ski du mont Guillaume, bien avant le 159e RI de Briançon à qui l’histoire officielle attribue cet acte.7

Les sources recoupent en revanche l’ancrage local du phénomène : une école régimentaire de ski est bien créée à Briançon en 1904, suivie en 1905 d’un atelier de fabrication de skis destiné à affranchir les écoles régimentaires des fournisseurs étrangers.7 C’est cette institutionnalisation, plus qu’une première contestée, qui vaut durablement à Briançon sa réputation, et qui préfigure, trois décennies plus tard, la création de l’École militaire de haute montagne de Chamonix.

De la ligne de front à la dissolution

Le 159e paie un tribut lourd à la Première Guerre mondiale : engagé dans les Vosges dès août 1914, il combat ensuite en Artois, où son chef de corps, le colonel Barbot, devenu général, est tué en mai 1915, puis à Verdun et sur la Somme en 1916, au Chemin des Dames en 1917, avant de participer aux dernières offensives de 1918.4 Le Service historique de la Défense conserve, pour la période 1919-1940, un fonds d’archives primaire propre au régiment : historique, journaux des marches et opérations, y compris celui de la campagne du Rif au Maroc.5 De retour à Briançon fin 1919, il se consacre à nouveau à la montagne : le Centre d’Études de la Montagne, créé en 1920 pour sept ans sous le commandement du colonel Lardant, délivre dès 1922 les premiers brevets d’Éclaireur-Skieur, une décennie avant la généralisation des sections d’éclaireurs-skieurs dans l’ensemble des unités alpines.4

La Seconde Guerre mondiale marque une rupture nette. En juin 1940, les sections d’éclaireurs-skieurs du régiment, restées sur place, contribuent à la défense de Briançon face à l’offensive italienne, avant que le régiment ne soit dissous en août, après l’armistice, la ville passant sous occupation italienne.4 Il renaît en décembre 1944 à partir de bataillons de Forces françaises de l’intérieur venus du Jura, de l’Ardèche et de la Drôme, participe à la campagne des Alpes de 1945, puis connaît une série de réductions et de reconstitutions d’après-guerre, jusqu’à sa recréation comme 159e régiment d’infanterie alpine le 1er juillet 1964.4 Le régiment paie aussi un tribut à la guerre d’Algérie, où quatre-vingts hommes du bataillon trouvent la mort entre 1955 et 1962.4

La dissolution du 159e RIA en juillet 1994 ne met pas fin à la présence militaire à Briançon : le Centre national d’aguerrissement en montagne lui succède aussitôt, formant des stagiaires au combat en montagne pendant quinze ans, avant sa propre dissolution en 2009. Depuis cette date, Briançon n’a plus d’implantation militaire permanente.4

Ce qu’il reste aujourd’hui

Le paysage militaire de Briançon a changé de nature plutôt que de disparaître. Les casernes Sainte-Catherine, qui ont logé le 159e pendant plus d’un siècle, font l’objet d’une reconversion urbaine : l’une de leurs ailes doit ouvrir en hôtel fin 2025.8 Les fortifications, elles, ont changé de statut sans changer d’usage : classées au patrimoine mondial depuis 2008, elles se visitent toute l’année.2 Le musée des Troupes de montagne, au fort de la Bastille à Grenoble, conserve la mémoire de ce type de garnison alpine à l’échelle de l’ensemble des troupes de montagne françaises.

En bref

  • Les fortifications de Vauban à Briançon, construites entre 1692 et 1736, sont inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2008.
  • Le 159e régiment d’infanterie, créé en 1887, s’installe en garnison à Briançon en juillet 1890 et y reste attaché, avec des interruptions liées aux deux guerres mondiales, jusqu’en 1994.
  • La réputation de Briançon comme berceau du ski militaire français repose sur une école régimentaire fondée en 1904, dont la paternité est attribuée différemment selon les sources : Dunod pour le ministère des Armées, Clerc et Bernard pour les sources spécialisées sur le régiment.
  • Le 159e régiment d’infanterie alpine est dissous en 1994 et remplacé par le Centre national d’aguerrissement en montagne, lui-même dissous en 2009 : Briançon n’a plus, depuis, d’implantation militaire permanente.

Questions fréquentes

Quelle unité de chasseurs alpins était en garnison à Briançon ?

Aucun bataillon de chasseurs alpins n’a été durablement caserné à Briançon : l’unité historiquement associée à la ville est le 159e régiment d’infanterie, devenu régiment d’infanterie alpine, une unité d’infanterie alpine mais distincte des bataillons de chasseurs alpins.4

Y a-t-il encore des militaires à Briançon aujourd’hui ?

Non, à titre permanent. Le Centre national d’aguerrissement en montagne, dernier héritier du 159e, a fermé en 2009.4

Pourquoi Briançon est-elle associée à l’invention du ski militaire ?

Parce qu’une école régimentaire de ski et un atelier de fabrication de skis y sont créés en 1904 et 1905, ce qui a durablement institutionnalisé la pratique. La question de savoir qui, précisément, en a pris l’initiative reste disputée entre les sources.6 7

  1. Réseau des sites majeurs Vauban, page officielle « Briançon ». sites-vauban.org, consulté le 1er septembre 2026.
  2. Ville de Briançon, « Briançon, patrimoine mondial UNESCO ». ville-briancon.fr, consulté le 1er septembre 2026.
  3. Bibliothèque dauphinoise, notice du Guide militaire du Briançonnais, 159e régiment d’infanterie, 1898-1899. bibliotheque-dauphinoise.com, consulté le 1er septembre 2026.
  4. Association du patrimoine militaire de Lyon et sa région, Le 159° RIA de Briançon, 7 octobre 2021. museemilitairelyon.com, consulté le 1er septembre 2026.
  5. Service historique de la Défense, fonds d’archives 159ème régiment d’infanterie alpine, cote GR/34/N/154/9 à GR/34/N/154/16, 1919-1940. servicehistorique.sga.defense.gouv.fr, consulté le 1er septembre 2026.
  6. Colonel Cyrille Becker, Aux origines de l’alpinisme militaire, Chemins de mémoire, ministère des Armées. cheminsdememoire.gouv.fr, consulté le 1er septembre 2026.
  7. Mémoire des Alpins (Laurent Demouzon), Le ski, la création. memoire-des-alpins.com, consulté le 1er septembre 2026.
  8. Actumontagne, À Briançon un nouvel hôtel 4 étoiles pour décembre 2025 dans une ancienne caserne de la ville basse. actumontagne.com, consulté le 1er septembre 2026.