En avril 1948, le 11e bataillon de chasseurs alpins s’installe à Barcelonnette et à Jausiers, dans la vallée de l’Ubaye. Il y tient garnison jusqu’en 1990, année où le plan Armée 2000 entraîne sa dissolution, non sans avoir participé aux secours après un séisme et servi de centre de formation pendant la guerre d’Algérie. Son numéro, lui, a une histoire plus mouvementée encore que sa garnison : il vient de Gap, pas de l’Ubaye.
Barcelonnette et Jausiers, garnison de l’Ubaye
Le 11e bataillon de chasseurs alpins (11e BCA) arrive dans la vallée de l’Ubaye en avril 1948, casernant aux quartiers Jacquemot et Craplet à Barcelonnette et au quartier Breissand à Jausiers.[3] Il y reste quarante deux ans, jusqu’à sa dissolution en 1990.[3] Sa mission déclarée est alors la protection du plateau d’Albion, où sont basés les missiles stratégiques français, et l’appui de la Force d’action rapide destinée au renfort de l’est de la France.[3] Pendant la guerre d’Algérie, il sert aussi de centre de formation pour de jeunes recrues rattachées à la région militaire de Marseille.[3]
Un numéro venu de Gap
Le numéro « 11e » ne vient pourtant pas de l’Ubaye. Le bataillon qui le porte pendant la Première Guerre mondiale, celui qui quitte Annecy le 4 août 1914 pour rejoindre le front des Vosges, cantonne ensuite en Rhénanie occupée après l’armistice.[6] C’est ce même bataillon qui compte parmi ses états de service une tournée aux États Unis en 1918, déjà présentée par un autre article de ce site.[6] Il reste en Rhénanie jusqu’à l’évacuation de la zone, et il est dissous le 30 juin 1930.[1] Le même jour, le 23e bataillon de chasseurs alpins, installé à Gap depuis son retour d’occupation de Haute Silésie en 1922, reprend administrativement l’appellation de 11e BCA.[1] C’est ce bataillon là, sous ce numéro repris, qui se trouve en garnison à Gap à la mobilisation de 1939.[2]

Le présent article se limite à la période où le 11e BCA tient garnison dans l’Ubaye, de 1948 à 1990. La garnison de Gap, de 1922 à 1939, appartient à une histoire propre que cet article ne développe pas davantage.
1940, la dissolution, puis Barcelonnette
Mobilisé à Gap en 1939, le bataillon est engagé dans les Ardennes puis, en 1940, dans le Territoire de Belfort, l’Aisne et sur l’Ourcq, avant sa dissolution lors de la défaite.[2] Reconstitué après guerre, il rejoint en avril 1948 Barcelonnette et Jausiers, où la vallée retrouve une présence militaire.[3]
Chronologie
- 30 juin 1930 : dissolution du 11e BCA en Rhénanie ; le 23e BCA, en garnison à Gap, reprend le même jour l’appellation de 11e BCA.[1]
- 1939 : le 11e BCA est en garnison à Gap à la mobilisation.[2]
- 1940 : dissolution du bataillon après la campagne de France.[2]
- Avril 1948 : arrivée à Barcelonnette et Jausiers, quartiers Jacquemot, Craplet et Breissand.[3]
- 5 avril 1959 : séisme de Saint Paul sur Ubaye ; le bataillon participe aux secours.[3][4]
- 20 novembre 1989 : une question écrite à l’Assemblée nationale évoque « la dissolution annoncée du 11e bataillon de chasseurs alpins de Barcelonnette », dans le cadre du plan Armée 2000.[5]
- 1990 : dissolution du bataillon ; ses quartiers sont repris par le Centre d’instruction et d’entraînement au combat en montagne (CIECM), qui en reprend aussi les traditions.[3]
- Juin 2009 : dissolution du CIECM ; fin de toute présence militaire dans la vallée de l’Ubaye, à l’exception de la compagnie de gendarmerie.[3]
Le séisme de 1959
Le dimanche 5 avril 1959, à 11h48 heure locale, un séisme de magnitude 5,5 frappe la commune de Saint Paul sur Ubaye, à un kilomètre du hameau de la Grande Sérenne.[4] L’intensité atteint VII à VIII sur l’échelle MSK dans la zone épicentrale ; 227 bâtiments sur 250 sont endommagés, dont 60 déclarés inhabitables, pour plus de 200 millions de francs de dégâts.[4] Le 11e BCA, alors en garnison à Barcelonnette, participe aussitôt aux opérations de secours dans la haute vallée.[3]
La page spécialisée consacrée au séisme, qui détaille l’événement heure par heure et bâtiment par bâtiment, ne mentionne pas le rôle du bataillon dans les secours. Ce point provient d’une source distincte, l’association mémorielle Alpins Ubayens : le séisme et l’intervention militaire sont donc rapportés ici chacun avec sa propre source, plutôt que présentés comme si une même source couvrait les deux faits.
1990, le plan Armée 2000, puis le CIECM
Le 20 novembre 1989, une question écrite adressée au ministre de la Défense évoque déjà « la dissolution annoncée du 11e bataillon de chasseurs alpins de Barcelonnette », en la reliant explicitement au plan Armée 2000 et à la loi de programmation militaire 1990-1993, qui restructurent alors les forces terrestres.[5] Le bataillon est dissous en 1990. Ses quartiers ne restent pas vides : le Centre d’instruction et d’entraînement au combat en montagne s’y installe et en reprend les traditions.[3] Le CIECM fonctionne à son tour jusqu’à sa propre dissolution, en juin 2009 : depuis cette date, il ne reste plus de présence militaire dans la vallée de l’Ubaye, hormis une compagnie de gendarmerie.[3]

Cent vingt trois ans de présence militaire
Selon l’association Alpins Ubayens, qui a recensé les unités successivement casernées dans la vallée, la présence militaire dans l’Ubaye aura duré cent vingt trois ans avant de s’achever en 2009.[3] Le 11e BCA n’en est qu’un chapitre, mais le plus long de la seconde moitié du vingtième siècle : quarante deux ans dans les mêmes quartiers, contre dix neuf pour le CIECM qui lui succède. Depuis 2009, la mémoire de cette période est portée par les associations locales, au premier rang desquelles Alpins Ubayens, et non plus par une présence militaire.
En bref
Le 11e bataillon de chasseurs alpins s’installe à Barcelonnette et Jausiers en avril 1948 et y reste jusqu’à sa dissolution en 1990, décidée dans le cadre du plan Armée 2000. Son numéro, hérité d’un bataillon dissous en Rhénanie en 1930 et repris le même jour par une unité de Gap, n’a donc pas de racine ubayenne avant guerre. Le bataillon participe aux secours après le séisme de 1959 avant de céder la place, en 1990, au Centre d’instruction et d’entraînement au combat en montagne, lui même dissous en 2009, ce qui met fin à toute présence militaire dans la vallée.
Questions fréquentes
Le 11e bataillon de chasseurs alpins existe-t-il encore ?
Non. Il est dissous en 1990, dans le cadre du plan Armée 2000, après quarante deux ans de garnison à Barcelonnette et Jausiers.[5][3]
Pourquoi le bataillon installé à Barcelonnette porte-t-il le numéro 11, alors qu’il vient de Gap ?
Parce que ce numéro a changé de porteur en 1930 : l’ancien 11e BCA, en garnison en Rhénanie depuis la Première Guerre mondiale, est dissous le 30 juin 1930, et le 23e BCA de Gap reprend ce jour là l’appellation de 11e BCA.[1]
Reste-t-il une présence militaire à Barcelonnette aujourd’hui ?
Non, en dehors d’une compagnie de gendarmerie. La dernière unité militaire de la vallée, le Centre d’instruction et d’entraînement au combat en montagne, est dissoute en 2009.[3]
Le 11e BCA de Barcelonnette est-il le même bataillon que celui qui a combattu en 1914-1918 ?
Administrativement, non : ce bataillon là est dissous en 1930. Seul son numéro est repris, par une autre unité, celle de Gap. Le présent article traite uniquement de la période ubayenne, de 1948 à 1990.
Sources et références
- Mémoire des Alpins, « BCA, les bataillons de chasseurs alpins » (1919-1939), memoire-des-alpins.com, consulté le 13/09/2026. Site déjà utilisé comme source pour les articles sur Annecy, Varces, Briançon, Sidi-Brahim et le 13e BCA.
- Mémoire des Alpins, « BCA, les bataillons de chasseurs alpins » (1939-1940, mobilisation), memoire-des-alpins.com, consulté le 13/09/2026.
- Alpins Ubayens, « Documents militaires ubayens », alpinsubayens.fr, consulté le 13/09/2026. Association mémorielle de la vallée de l’Ubaye, comparable en usage à Mémoire des Alpins ou à Histoire & Mémoire Militaire Alpine, déjà utilisées sur ce site.
- Azurseisme, « Saint-Paul-sur-Ubaye : séisme de 1959 », azurseisme.com, consulté le 13/09/2026. Site spécialisé en sismologie historique régionale.
- Assemblée nationale, question écrite n° 20541, Journal officiel du 20/11/1989, et réponse ministérielle du 22/01/1990, questions.assemblee-nationale.fr, consulté le 13/09/2026.
- Historique du 11e bataillon de chasseurs alpins, Étampes, imprimerie M. Dormann, 1920, numérisé par Gilles Roland, horizon14-18.eu, consulté le 13/09/2026. Historique régimentaire d’époque, utilisé ici uniquement pour la mention du départ d’Annecy en 1914.
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