Unités et garnisons

Vue de la ville de Gap depuis la montagne de Charance, juillet 2025
Gap vu depuis la montagne de Charance, juillet 2025. Photographie Yann Forget, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.

Gap et les chasseurs alpins : une garnison des Hautes-Alpes avant 1939

De 1920 à 1939, Gap tient garnison pour un bataillon de chasseurs alpins qui ne porte pas encore, la plus grande partie de cette période, le numéro sous lequel on le connaît aujourd’hui. C’est le 23e bataillon de chasseurs alpins, installé au quartier Reynier, qui devient administrativement le 11e BCA le 30 juin 1930, avant de quitter la ville à la mobilisation de 1939 pour ne revenir, huit ans plus tard, non pas à Gap mais dans la vallée de l’Ubaye.

Un bataillon né loin des Alpes

Le bataillon qui tient garnison à Gap dans l’entre-deux-guerres n’a d’alpin, à l’origine, ni le nom ni le terrain. Le 23e bataillon de marche de chasseurs à pied est formé le 21 décembre 1870 dans un camp proche d’Angoulême, avec des contingents venus de plusieurs bataillons déjà existants.[1] Il reçoit son baptême du feu dès janvier 1871, dans la débâcle de la guerre franco-prussienne, au sein de la 2e armée de la Loire : un engagement à Écommoy le 11 janvier, un autre près de Laval le 18.[1] Le 16 octobre 1871, à Avignon, ce bataillon de marche fusionne avec un second 23e bataillon de chasseurs, formé en Algérie en janvier de la même année : la fusion donne naissance au 23e bataillon de chasseurs à pied.[1]

La spécialisation montagne des bataillons de chasseurs commence avec la loi du 24 décembre 1888, déjà présentée par un autre article de ce site. Le 23e bataillon en hérite à son tour et prend, au fil des réorganisations qui suivent, l’appellation qu’il gardera jusqu’en 1930 : 23e bataillon de chasseurs alpins. Les sources consultées pour cet article ne permettent pas de dater précisément ce changement d’appellation.

De la Haute-Silésie au Rif : le 23e BCA à Gap

Le bataillon rejoint la garnison de Gap au tout début des années 1920. Il en repart presque aussitôt pour l’occupation de la Haute-Silésie, dans le cadre des opérations alliées consécutives au traité de Versailles, avant d’y revenir s’installer durablement en 1922.[2] Trois ans plus tard, en 1925, il est engagé dans la guerre du Rif, au Maroc.[2] Entre ces campagnes, la vie du bataillon se déroule au quartier Reynier, une caserne bâtie en 1876 et longtemps appelée localement « caserne neuve ».[3] Le bâtiment, composé de deux corps de logis, est alors l’une des casernes principales de la ville.[4]

  1. 21 décembre 1870 : création du 23e bataillon de marche de chasseurs à pied près d’Angoulême.[1]
  2. 16 octobre 1871 : fusion à Avignon avec le 23e bataillon de chasseurs formé en Algérie ; naissance du 23e bataillon de chasseurs à pied.[1]
  3. 1876 : construction de la caserne Reynier à Gap, future garnison du bataillon.[3]
  4. 24 décembre 1888 : loi organisant la spécialisation montagne des bataillons de chasseurs, dont hérite le 23e bataillon.
  5. Vers 1920 : le bataillon, devenu 23e bataillon de chasseurs alpins, rejoint la garnison de Gap.
  6. 1921 à 1922 : occupation de la Haute-Silésie, puis retour à Gap.[2]
  7. 1925 : engagement dans la guerre du Rif.[2]
  8. 28 mars 1928 : la loi sur la constitution des cadres et effectifs réduit le nombre de bataillons de chasseurs alpins.[2]
  9. 30 juin 1930 : dissolution administrative du 23e BCA, qui reprend l’appellation de 11e bataillon de chasseurs alpins, le même jour où l’ancien 11e BCA disparaît en Rhénanie.[2]
  10. 1939 : le 11e BCA, ex 23e, est en garnison à Gap à la mobilisation, avant son départ pour le front.[5]

Un numéro, deux bataillons

Le 11e bataillon de chasseurs alpins qui combat en Ardennes en 1939 n’est pas celui qui a défilé aux États Unis en 1918 sous le même numéro. Celui-là, en garnison à Annecy avant guerre puis en occupation de Rhénanie, est dissous le 30 juin 1930. Le même jour, le 23e BCA de Gap reprend administrativement l’appellation de 11e BCA : le numéro change de porteur, la garnison de Gap et ses chasseurs restent les mêmes. Un autre article de ce site raconte l’histoire du bataillon d’Annecy, celui des diables bleus.

1939 : le départ pour le front

À la mobilisation, le 11e BCA, désormais installé à Gap depuis près de vingt ans sous ses deux appellations successives, quitte la ville pour rejoindre la 7e demi-brigade alpine de la 27e division d’infanterie alpine.[5] Il est ensuite engagé dans les Ardennes, du côté d’Attigny et de Rethel.[5]

Une date qui ne se recoupe pas

Les sources consultées ne s’accordent pas sur le mois exact du départ pour le front. Un site spécialisé dans l’ordre de bataille de la ligne Maginot situe l’envoi du bataillon dans les Ardennes au 18 octobre 1939, avec une réaffectation au secteur de Bitche en décembre de la même année.[6] D’autres travaux consultés parlent plus largement de novembre 1939. Aucune des deux versions ne s’appuie sur un document d’archive cité nommément : l’écart est rapporté ici plutôt que tranché.

La suite du parcours du bataillon, sa dissolution lors de la défaite de 1940 puis sa reconstitution et son installation à Barcelonnette et Jausiers en avril 1948, est développée par un autre article de ce site, consacré à la période ubayenne.

Ce que devient le numéro 23

Abandonné par le bataillon de Gap en 1930, le numéro 23 n’a pas immédiatement disparu des rangs de l’armée. Il est repris en 1939 pour former un nouveau bataillon de mobilisation, constitué à Grasse, qui combat sur le front du Nord Est jusqu’en juin 1940.[6] Ce second 23e bataillon n’a aucun lien de garnison avec Gap : le sillon ouvert par son homonyme de l’entre-deux-guerres s’est refermé en 1930, le jour même où celui-ci en a hérité le numéro suivant.

Le quartier Reynier aujourd’hui

La caserne Reynier a cessé son usage militaire dans la seconde moitié du vingtième siècle. L’un de ses deux bâtiments accueille aujourd’hui l’institut universitaire de technologie de Gap, la reconversion universitaire du quartier étant généralement située au début des années 1990.[3][4] Rien dans le bâti actuel ne signale plus, de l’extérieur, les vingt années où de jeunes chasseurs y prenaient leur service avant de partir pour la Silésie, le Rif, puis les Ardennes.

En bref

Le 23e bataillon de chasseurs alpins, créé en 1870 loin des Alpes, tient garnison à Gap au quartier Reynier à partir du début des années 1920, entrecoupée d’une occupation en Haute-Silésie et d’une campagne au Maroc. Le 30 juin 1930, il devient administrativement le 11e bataillon de chasseurs alpins, reprenant un numéro laissé vacant par la dissolution du bataillon d’Annecy en Rhénanie. C’est sous ce nouveau numéro qu’il quitte Gap à la mobilisation de 1939, pour une guerre qui le conduira, après 1948, non pas de retour à Gap mais dans la vallée de l’Ubaye.

Questions fréquentes

Pourquoi le 11e BCA de Barcelonnette est-il associé à Gap ?

Parce qu’avant de rejoindre l’Ubaye en 1948, le bataillon qui porte ce numéro depuis 1930 a tenu garnison à Gap pendant l’essentiel de l’entre-deux-guerres, sous le nom de 23e bataillon de chasseurs alpins puis sous celui de 11e BCA à partir du 30 juin 1930.[2]

Le 23e bataillon de chasseurs alpins existe-t-il encore ?

Non. Le bataillon de Gap a changé de numéro en 1930. Un second bataillon a porté le numéro 23 à la mobilisation de 1939, engagé sur le front du Nord Est jusqu’en juin 1940, sans lien de garnison avec Gap.[6]

Que reste-t-il du quartier Reynier aujourd’hui ?

Un des deux bâtiments de l’ancienne caserne, construite en 1876, accueille désormais l’institut universitaire de technologie de Gap.[3]

  1. Historique du 23e bataillon de chasseurs à pied, document numérisé, gallica.bnf.fr, consulté le 15/09/2026. Historique régimentaire d’époque, pour la création du bataillon et ses premiers combats de 1870-1871.
  2. Mémoire des Alpins, « BCA, les bataillons de chasseurs alpins » (1919-1939), memoire-des-alpins.com, consulté le 15/09/2026. Site déjà utilisé comme source pour les articles sur Barcelonnette, Annecy, Varces, Briançon, Sidi-Brahim et le 13e BCA.
  3. « Villes de garnisons, les anciennes casernes militaires », plus2news.fr, consulté le 15/09/2026.
  4. Fiche « Caserne Reynier », pss-archi.eu, consultée le 15/09/2026. Plateforme de recension du patrimoine architectural, utilisée ici pour recouper la date de construction et l’usage actuel du bâtiment.
  5. Mémoire des Alpins, « BCA, les bataillons de chasseurs alpins » (1939-1940, mobilisation), memoire-des-alpins.com, consulté le 15/09/2026.
  6. Wikimaginot, glossaire des bataillons de chasseurs alpins, wikimaginot.eu, consulté le 15/09/2026. Site spécialisé dans l’ordre de bataille et les fortifications de la ligne Maginot.