Unités et garnisons

Deux chasseurs alpins skis aux pieds devant un abri de pierre en montagne près de Briançon, en février 1935
Chasseurs alpins en manœuvres à ski près de Briançon, février 1935, à l'époque de la création des premières sections d'éclaireurs-skieurs. Photographie G.Garitan, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.

Les sections d’éclaireurs-skieurs : les yeux des bataillons en altitude

Une quarantaine d’hommes, un lieutenant, des skis et une mission simple : voir venir l’ennemi avant tout le monde. Entre les deux guerres, les sections d’éclaireurs-skieurs deviennent les yeux avancés des bataillons alpins en altitude, au point de devenir, selon le ministère des Armées lui-même, « le fer de lance des unités alpines » lors des combats de juin 1940.

Qu’est-ce qu’une section d’éclaireurs-skieurs ?

Une section d’éclaireurs-skieurs (SES) est une petite unité d’élite formée au sein d’un bataillon ou d’un régiment de montagne, chargée de reconnaissance en haute altitude et en toutes saisons. Le ministère des Armées la décrit ainsi : « commandées par un lieutenant, ces formations sont composées d’une quarantaine d’hommes aguerris dont les cadres sont formés à l’École militaire de haute montagne de Chamonix ».[1]

Une organisation en trois groupes

Chaque SES rassemble trois groupes de combat de douze hommes, complétés par un groupe de commandement.[4] Ses membres, sélectionnés parmi les meilleurs skieurs et alpinistes du bataillon, connaissent en détail le massif où opère leur section : cols, refuges, itinéraires d’hiver comme d’été.

Les SES ne sont pas propres aux seuls chasseurs alpins. Le ministère des Armées les recense dans les bataillons de chasseurs alpins, les régiments d’infanterie alpine, les régiments de tirailleurs des Alpes et les bataillons alpins de forteresse (BAF), ces derniers créés en 1935 pour tenir les ouvrages fortifiés de la frontière du Sud-Est.[1] Leurs missions, en cas de guerre, sont énumérées par la même source : reconnaissance de longue distance, liaison entre secteurs, protection de points stratégiques et ralentissement de la progression ennemie.[1]

Une naissance à la croisée de deux initiatives

L’entre-deux-guerres voit l’armée française reconstruire méthodiquement sa capacité à combattre en haute montagne. L’école de ski de Briançon rouvre dès l’hiver 1920-1921, et une école de glacier est créée en 1929 au Pré de Madame Carle, dans le massif des Écrins.[4] C’est dans cet effort qu’émergent les sections d’éclaireurs-skieurs, mais deux sources donnent deux dates différentes pour leur naissance : voir l’encadré ci-dessous.

Deux sources indépendantes, l’association Mémoire des Alpins et le site de sauvegarde du patrimoine Wikimaginot, situent en 1930 l’impulsion de terrain : le général Dosse, prenant alors le commandement de la 27e division d’infanterie alpine, favorise le déplacement à ski et fait prendre à des détachements avancés le nom de sections d’éclaireurs-skieurs.[4][5] Ni l’une ni l’autre ne cite de texte réglementaire à l’appui de cette date. Le ministère des Armées, de son côté, date la création officielle des SES de 1931, par fusion administrative des centres d’instruction de haute montagne et des détachements alors stationnés près de la frontière italienne.[1] L’article retient les deux dates dans leur ordre chronologique logique : l’initiative de terrain d’abord, la fusion officielle ensuite, plutôt que de n’en choisir qu’une.

Chronologie sourcée

  1. Hiver 1920-1921 : réouverture de l’école de ski de Briançon, dans la continuité des premières expérimentations alpines du 19e siècle.[4]
  2. 1929 : création d’une école de glacier au Pré de Madame Carle, dans le massif des Écrins.[4]
  3. 1930 : le général Dosse, prenant le commandement de la 27e division d’infanterie alpine, impulse le déplacement à ski des détachements avancés, qui prennent le nom de sections d’éclaireurs-skieurs. Date rapportée par deux sources spécialisées, sans texte réglementaire cité.[4][5]
  4. 1931 : création officielle des sections d’éclaireurs-skieurs par fusion des centres d’instruction de haute montagne et des détachements de la frontière italienne, selon le ministère des Armées.[1]
  5. 1932 : ouverture à Chamonix de l’École militaire de haute montagne, où sont désormais formés les cadres des SES.[1][7]
  6. 1935 : création des bataillons alpins de forteresse, qui formeront chacun leur propre SES.[1]
  7. Août 1939 : la mobilisation générale porte de sept à vingt bataillons alpins de forteresse, chacun dotant d’une SES.[6]
  8. Septembre 1939 : le ministère des Armées dénombre 31 sections d’éclaireurs-skieurs en activité.[1]
  9. 10 juin 1940 : l’Italie entre en guerre ; les SES sont alors au nombre de 99.[1]
  10. 12 juin 1940 : premiers échanges de coups de feu entre éclaireurs-skieurs français et italiens.[1]
  11. 21 juin 1940 : la SES du 70e bataillon alpin de forteresse s’engage contre des unités alpines italiennes, un épisode documenté parmi d’autres combats de la même semaine.[5]
  12. Février 1945 : des tableaux d’effectifs conservés au Service historique de la Défense attestent que le centre de formation des sections d’éclaireurs-skieurs fonctionne encore.[3]

Le fer de lance des unités alpines en juin 1940

La montée en puissance est rapide et sourcée avec précision par le ministère des Armées : 31 sections en septembre 1939, 99 au 10 juin 1940, jour de l’entrée en guerre de l’Italie.[1] Sur ce total national, 27 sections sont alors rattachées aux seuls bataillons alpins de forteresse, selon le décompte établi par Wikimaginot à partir des unités de la ligne alpine.[6] Deux jours plus tard, le 12 juin 1940, les premiers coups de feu de la campagne des Alpes sont échangés entre éclaireurs-skieurs français et italiens.[1] La bataille des Alpes, qui s’étend du 10 au 25 juin 1940, voit le front français tenir sans céder face à l’armée italienne : un article distinct retrace cette campagne dans son ensemble.

« Les SES sont le fer de lance des unités alpines. »

Ministère des Armées et des Anciens combattants, « 10-25 juin 1940. Une bataille oubliée : les Alpes »

Un officier illustre ce parcours de façon particulièrement documentée. Arrivé au 27e bataillon de chasseurs alpins à Annecy le 1er octobre 1937, le lieutenant Théodose Morel est formé comme éclaireur-skieur à Chamonix, puis devient officier adjoint au commandant de la section d’éclaireurs-skieurs d’Abondance avant d’en prendre lui-même le commandement.[2] Sa section rejoint la Savoie en mai 1939.[2] Ce même officier commandera, quelques années plus tard, la compagnie qui prend le plateau des Glières en mars 1944, où il trouve la mort : un épisode traité en détail dans un article consacré au 27e BCA et à sa ville de garnison.

Traces aujourd’hui

L’École militaire de haute montagne de Chamonix, qui formait déjà les cadres des SES en 1932, continue de former aujourd’hui les spécialistes de la haute montagne pour l’ensemble des troupes de montagne françaises.[7] Le principe d’une petite unité de reconnaissance, formée par les meilleurs skieurs d’un bataillon, se prolonge dans l’organisation actuelle des troupes de montagne, même si l’appellation et le cadre d’emploi ont changé depuis 1940.

Une filiation plus ancienne, remontant à des « escouades franches » de 1879, est avancée par certains sites spécialisés en histoire militaire mais sans source primaire à l’appui, et elle n’apparaît pas dans les documents du ministère des Armées consultés pour cet article. Elle n’est donc pas retenue ici.

En bref

  • Une quarantaine d’hommes par section, commandée par un lieutenant, formée aux meilleurs skieurs et alpinistes du bataillon.
  • Deux dates de naissance rapportées : 1930 pour l’impulsion de terrain du général Dosse, 1931 pour la fusion administrative officielle selon le ministère des Armées.
  • Une montée en puissance spectaculaire : 31 sections en septembre 1939, 99 en juin 1940.
  • Le fer de lance des unités alpines lors de la bataille des Alpes, du 10 au 25 juin 1940.
  • Un officier des Glières, Théodose Morel, formé comme éclaireur-skieur avant de commander une section à Abondance.

Questions fréquentes

Que veut dire l’acronyme SES ?

SES désigne une section d’éclaireurs-skieurs, petite unité de reconnaissance en haute montagne formée au sein d’un bataillon ou d’un régiment alpin.[1]

Combien de sections d’éclaireurs-skieurs existaient en 1940 ?

99 sections étaient en activité au 10 juin 1940, contre 31 en septembre 1939, selon le ministère des Armées.[1]

Les sections d’éclaireurs-skieurs existaient-elles uniquement chez les chasseurs alpins ?

Non. Elles étaient formées aussi bien dans les bataillons de chasseurs alpins que dans les régiments d’infanterie alpine, les régiments de tirailleurs des Alpes et les bataillons alpins de forteresse.[1]

Quel est le lien entre les sections d’éclaireurs-skieurs et le plateau des Glières ?

Le lieutenant Théodose Morel, qui commande en mars 1944 l’occupation du plateau des Glières où il trouve la mort, avait été formé comme éclaireur-skieur à Chamonix et avait commandé une section d’éclaireurs-skieurs à Abondance quelques années plus tôt.[2]

Sources et références

  1. Ministère des Armées et des Anciens combattants, « 10-25 juin 1940. Une bataille oubliée : les Alpes », defense.gouv.fr, consulté le 29 août 2026.
  2. Ministère des Armées et des Anciens combattants, notice biographique « Théodose Morel », defense.gouv.fr, consulté le 29 août 2026.
  3. Service historique de la Défense, fonds « Centre de formation des sections d’éclaireurs-skieurs », référence GR/12/P/31/10, servicehistorique.sga.defense.gouv.fr, consulté le 29 août 2026.
  4. Mémoire des Alpins, Laurent Demouzon, « Les Sections d’Éclaireurs Skieurs », memoire-des-alpins.com, consulté le 29 août 2026.
  5. Wikimaginot, « Section d’Éclaireurs Skieurs », wikimaginot.eu, consulté le 29 août 2026.
  6. Wikimaginot, « Des Sections d’Eclaireurs Skieurs au sein des Bataillons Alpins de Forteresse », wikimaginot.eu, consulté le 29 août 2026.
  7. Ministère des Armées, armée de Terre, portail fédérateur, « Historique de l’École militaire de haute montagne », terre.defense.gouv.fr, consulté le 29 août 2026.

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