Unités et garnisons

Façade arrière de l'hôtel des troupes de montagne, bâtiment militaire de la place de Verdun à Grenoble
Façade arrière de l'hôtel des troupes de montagne, place de Verdun à Grenoble, construit entre 1863 et 1868. Photographie Pethrus, 15 septembre 2012, licence CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Grenoble et les chasseurs alpins : une ville de garnison devenue état-major

Avant d’être le siège partagé de l’état-major de la 27e brigade d’infanterie de montagne, Grenoble a été pendant plus d’un siècle une ville de garnison au sens plein du terme : des bataillons de chasseurs, puis de chasseurs alpins, y ont tenu quartier, s’y sont mobilisés et en sont, pour finir, tous partis.

Une garnison de chasseurs avant la spécialisation alpine

Grenoble accueille des unités de chasseurs bien avant la création des troupes alpines. La ville se dote au dix-neuvième siècle de plusieurs casernes dans son extension sud, hors des anciens remparts : la caserne Dode, l’école d’artillerie de la place de Verdun, le quartier Hoche et la caserne de Bonne, bâtis entre 1830 et 1925 selon l’inventaire du patrimoine municipal.[1] C’est dans ce paysage de garnison que s’inscrit, entre 1863 et 1868, la construction de l’hôtel de division commandé par le maréchal Randon à l’architecte Jean-François Delarue, sur la nouvelle place d’Armes.[2] La place change deux fois de nom : place de la Constitution en novembre 1870, puis place de Verdun en 1916.[2] Le bâtiment, toujours debout, deviendra plus tard l’hôtel des troupes de montagne. Son escalier de marbre, surmonté d’un plafond semé d’abeilles dorées rappelant les attributs impériaux de Napoléon III, date de cette construction du Second Empire et se visite encore aujourd’hui lors des Journées européennes du patrimoine.[2]

La loi du 24 décembre 1888 qui crée les troupes alpines, déjà racontée en détail sur ce site, transforme douze bataillons de chasseurs à pied en bataillons alpins.[3] Voir 1888, la naissance des troupes alpines françaises. Plusieurs de ces unités tiennent alors garnison dans l’agglomération grenobloise, au quartier Bayard : une carte postale d’époque conservée au musée Savoisien de Chambéry légende d’ailleurs son entrée « Caserne des Chasseurs Alpins ».[4]

Repère

Ce que cet article couvre : les casernements successifs de bataillons de chasseurs alpins dans la ville de Grenoble elle-même, du dix-neuvième siècle à leur départ complet vers Varces. Il ne reprend pas l’histoire de la 27e brigade d’infanterie de montagne en tant que grande unité, déjà traitée par un autre article, ni celle du fort de la Bastille et de son musée, présentés sur la page qui leur est consacrée.

Chronologie d’une ville-caserne

  1. 1863-1868 : construction de l’hôtel de division, futur hôtel des troupes de montagne, sur la nouvelle place d’Armes de Grenoble, à la demande du maréchal Randon.[2]
  2. 24 décembre 1888 : la loi qui crée les troupes alpines fait de plusieurs bataillons de la région grenobloise des bataillons alpins de chasseurs à pied.[3]
  3. 2 et 3 août 1914 : mobilisation au quartier Bayard des 68e et 70e bataillons alpins de chasseurs à pied, formés de conscrits de Haute-Loire, d’Isère, d’Auvergne et du Dauphiné, avant leur départ par rail vers le front.[5][6]
  4. 6 mai 1944 : arrestation à Grenoble du chef de bataillon Albert de Seguin de Reyniès, ancien officier du 6e bataillon de chasseurs alpins devenu chef de la résistance armée de l’Isère ; son nom est aujourd’hui porté par le quartier de Varces.[7]
  5. 1976 : le 93e régiment d’artillerie de montagne et un bataillon de chasseurs alpins quittent le quartier Hoche de Grenoble pour des locaux neufs à Varces, au pied du Vercors.[8]
  6. Années 1990 : fin de la présence militaire à la caserne de Bonne, dernière grande caserne intra-muros ; les sources consultées ne s’accordent pas sur l’année exacte du départ.[1]
  7. 2012 : installation du 7e bataillon de chasseurs alpins à Varces, dernier mouvement qui achève le départ des bataillons de chasseurs alpins du centre de Grenoble.[9]
  8. Aujourd’hui : l’état-major de la 27e brigade d’infanterie de montagne se partage entre l’hôtel des troupes de montagne, à Grenoble, et le quartier du chef de bataillon de Reyniès, à Varces.[10]

Ce que l’archive établit, ce qui reste imprécis

Les dates de construction et de mobilisation citées ici s’appuient sur des sources institutionnelles ou patrimoniales datées. Un point reste flou : les sources consultées donnent 1994 ou 1996 selon les cas pour le départ définitif de l’armée de la caserne de Bonne, sans qu’aucune ne cite de texte officiel. L’écart est rapporté ici plutôt que tranché arbitrairement. De même, la répartition précise des bataillons alpins entre les différentes casernes de la ville durant l’entre-deux-guerres n’a pas pu être établie avec certitude par les sources consultées pour cet article.

Un patrimoine militaire devenu civil

Le départ des chasseurs alpins de Grenoble a laissé des bâtiments, pas des ruines. La caserne de Bonne, occupée par l’artillerie puis par des unités d’infanterie alpine, a aussi son épisode de résistance : un résistant, A. Kospicki, y détruit trente tonnes de munitions en décembre 1943.[1] Rendue à la ville, elle devient l’écoquartier de Bonne, dont le centre commercial ouvre en septembre 2010 et qui reçoit un prix national de l’écoquartier en novembre 2009, avant une certification environnementale de haut niveau en 2014.[1] De caserne à écoquartier récompensé, la reconversion résume à elle seule le sort de la plupart des emprises militaires que Grenoble a fini par rendre à la vie civile.

L’hôtel des troupes de montagne, lui, n’a jamais changé de fonction depuis 1868 : sa façade, restaurée en 2016, abrite toujours un commandement militaire, aujourd’hui celui de la 27e BIM.[2] Le 93e régiment d’artillerie de montagne, pour sa part, a lui-même été formé à Grenoble le 1er janvier 1924, avant son propre transfert vers Varces : son histoire complète fait l’objet d’un article à part.

En bref

Grenoble a caserné des bataillons de chasseurs, puis de chasseurs alpins, de manière continue depuis le milieu du dix-neuvième siècle jusqu’aux années 2010. L’hôtel de division, bâti entre 1863 et 1868, est le seul bâtiment de commandement de cette histoire encore en usage militaire aujourd’hui. Les casernes de troupes, elles, ont toutes fermé : la dernière, la caserne de Bonne, dans le courant des années 1990. Depuis 2012, plus aucun bataillon de chasseurs alpins ne stationne dans la ville elle-même ; l’état-major de la 27e BIM reste néanmoins partagé entre Grenoble et Varces.

Questions fréquentes

Reste-t-il un bataillon de chasseurs alpins en garnison à Grenoble aujourd’hui ?

Non. Depuis l’installation du 7e bataillon de chasseurs alpins à Varces en 2012, aucun bataillon de la 27e brigade d’infanterie de montagne ne stationne plus dans la ville de Grenoble elle-même. Seul l’état-major de la brigade y conserve une implantation, partagée avec Varces.[9][10]

Que reste-t-il visible aujourd’hui du passé militaire de la ville ?

L’hôtel des troupes de montagne, place de Verdun, toujours en fonction militaire ; le fort de la Bastille, qui abrite désormais le musée des Troupes de montagne ; et l’écoquartier de Bonne, reconversion civile d’une ancienne caserne. Le détail du fort et du musée est présenté sur la page qui leur est consacrée.

Pourquoi les bataillons ont-ils quitté la ville ?

Le mouvement s’est fait par étapes, à partir de 1976, avec le transfert progressif d’unités du quartier Hoche vers le camp de Varces, au pied du Vercors, plus vaste que les casernes urbaines du dix-neuvième siècle. Ce mouvement est détaillé dans l’article consacré à Varces.

  1. Grenoble, Ville d’art et d’histoire, notices « Caserne de Bonne » et « À voir ou à découvrir », grenoble-patrimoine.fr, consulté le 27 septembre 2026.
  2. Musée des Troupes de Montagne, « L’hôtel des troupes de montagne », museedestroupesdemontagne.fr, consulté le 27 septembre 2026.
  3. Colonel Cyrille Becker, « Aux origines de l’alpinisme militaire », Chemins de mémoire, ministère des Armées, cheminsdememoire.gouv.fr, source déjà utilisée par l’article sur la naissance des troupes alpines, consulté le 27 septembre 2026.
  4. Musée Savoisien (Chambéry), notice de collection « Grenoble, caserne des Chasseurs Alpins, entrée du quartier Bayard », museesavoisien-collections.savoie.fr, consulté le 27 septembre 2026.
  5. Bibliothèque nationale de France, « Pages de gloire du 68e bataillon de chasseurs alpins : 2 août 1914-30 mars 1919 », gallica.bnf.fr, consulté le 27 septembre 2026.
  6. Bibliothèque nationale de France, « Historique du 70e bataillon alpin de chasseurs à pied pendant la guerre 1914-1918 », gallica.bnf.fr, consulté le 27 septembre 2026.
  7. Mémoire Vive de la Résistance, notice « de Seguin de Reyniès », mvr.asso.fr, source déjà utilisée par l’article sur Varces, consulté le 27 septembre 2026.
  8. Association du patrimoine militaire de Lyon et sa région, « Le 93e RAM », museemilitairelyon.com, source déjà utilisée par l’article sur le 93e RAM et par celui sur Varces, consulté le 27 septembre 2026.
  9. Ministère des Armées, « 7e bataillon de chasseurs alpins », defense.gouv.fr, consulté le 27 septembre 2026.
  10. Ministère des Armées, « 27e Brigade d’Infanterie de Montagne (27e BIM) », defense.gouv.fr, consulté le 27 septembre 2026.