Unités et garnisons

Façade d'un bâtiment restauré du camp des Fourches, casernement d'altitude des chasseurs alpins
Bâtiment du camp des Fourches, casernement d'altitude des chasseurs alpins, col de la Bonette. Photographie Olgierd Rudak, 22 août 2025, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.

Le camp des Fourches : le bivouac d’altitude des chasseurs alpins

À plus de 2 260 mètres d’altitude, sur la route du col de la Bonette, une vingtaine de chalets en ruine et un bâtiment de commandement marquent l’emplacement du camp des Fourches. Construit au tournant du vingtième siècle pour l’entraînement estival des bataillons de chasseurs alpins, ce casernement de montagne n’a jamais logé une garnison permanente : il fonctionnait quelques semaines par an, l’hiver venu, et se vidait entièrement.

Un camp de manœuvre, pas une garnison

Le camp des Fourches se trouve à la limite des Alpes-Maritimes et des Alpes-de-Haute-Provence, sur le territoire de Saint-Dalmas-le-Selvage, à quelques kilomètres du col de la Bonette.[1] Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, l’accès estival se faisait depuis Jausiers, dans la vallée de l’Ubaye, par une piste muletière longue de 23 kilomètres.[3] Cette vallée est déjà connue de ce site : c’est à Jausiers et à Barcelonnette, un peu plus bas, que le 11e bataillon de chasseurs alpins s’installe en 1948, dix-sept ans après la mort du général Jacquemot évoquée plus loin dans cet article.

À la différence des quartiers urbains qui logent un bataillon toute l’année, comme ceux déjà présentés sur ce site à Annecy, Gap ou Chambéry, le camp des Fourches n’accueillait des troupes que pendant la belle saison, pour l’entraînement à la vie et au combat en haute montagne. La doctrine qui justifie ce type d’installation, acclimater des unités entières au relief avant l’hiver, est développée dans un article distinct consacré aux principes de la guerre de montagne.

Ruines du camp des Fourches en bordure de la route du col de la Bonette
Les vestiges du camp le long de la route du col de la Bonette. Photographie Patrick Rouzet, 6 septembre 2009, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 3.0.

Construction et aménagement

Le dossier constitué par le service régional de l’inventaire du patrimoine culturel, révisé en 2018, situe la construction du casernement principal entre 1900 et 1910.[1] L’ensemble compte vingt-six bâtiments de plain-pied, répartis en quatre rangées parallèles : une vingtaine de chalets quasi identiques, de neuf mètres sur six, servent de logement, complétés par une cuisine, une boulangerie, un bâtiment de commandement coiffé d’une tour de télégraphie optique, une écurie pour trente animaux, une infirmerie de dix lits, des latrines et un lavoir.[1] Des travaux d’amélioration suivent la Première Guerre mondiale, puis un téléphérique reliant le hameau du Pra est installé vers 1930 pour faciliter le ravitaillement.[1]

Repère : que reste-t-il du camp aujourd’hui

Les vingt-six bâtiments existent toujours, à l’état de ruine pour la plupart. Leurs murs en maçonnerie de moellons, avec chaînages et encadrements en pierre de taille, ont globalement résisté à un siècle d’abandon en altitude, même si les toitures et les huisseries ont disparu presque partout.[1]

  1. 1900-1910 : construction du casernement principal, vingt-six bâtiments dont une vingtaine de chalets identiques.[1]
  2. Après 1918 : travaux d’amélioration des installations existantes.[1]
  3. Vers 1930 : installation d’un téléphérique reliant le camp au hameau du Pra.[1]
  4. 1931 : manœuvres du XVe corps d’armée au camp ; le général Jacquemot, frappé par la foudre à proximité, en meurt.[1]
  5. 1939 : fin de l’activité militaire régulière du camp, à la veille de la guerre.[1]
  6. 2016 à 2018 : travaux de sécurisation et de restauration, y compris des fresques peintes par les chasseurs alpins.[2][3]
  7. Depuis 2018 : site rouvert à la visite libre, en saison, du 15 mai au 15 octobre.[3]

Le général Jacquemot, frappé par la foudre

En 1931, le camp accueille des manœuvres du XVe corps d’armée. Selon le dossier de l’inventaire régional, le général Jacquemot, qui commande alors l’armée des Alpes, est frappé par la foudre à proximité du site pendant ces exercices et en meurt.[1] L’épisode illustre un risque propre à l’entraînement en haute montagne, l’orage d’été, rarement documenté par les notices consacrées aux unités elles-mêmes plutôt qu’aux lieux où elles s’exerçaient.

Les fresques, une source à part

Sur les murs intérieurs de plusieurs chalets, des chasseurs alpins ont peint, au début du vingtième siècle, des fresques figurant des scènes d’escalade, de ski et des mises en scène humoristiques de la vie du camp.[2] L’une d’elles reprend le thème de la Revue nègre et le costume de bananes associé à Joséphine Baker, signe que le divertissement parisien des années 1920 circulait jusque dans les casernements d’altitude.[2] Ces peintures ne sont documentées par aucun texte réglementaire : ni leur auteur, ni la date exacte de leur réalisation ne sont établis par les sources consultées, seule la période, le début du vingtième siècle, étant avancée par les notices patrimoniales.

Ce que les sources ne recoupent pas

La date de début de construction et la capacité d’accueil du camp varient sensiblement selon les sources consultées. L’inventaire général du patrimoine culturel, source patrimoniale de premier rang fondée sur une enquête de terrain, situe la construction du casernement principal entre 1900 et 1910 et sa capacité à 216 hommes (six officiers, deux cent dix sous-officiers et soldats).[1] La presse locale avance une construction achevée dès 1896 et une capacité d’environ mille hommes, l’équivalent d’un bataillon à quatre compagnies,[2] tandis que l’office de tourisme de Nice Côte d’Azur situe le début des travaux dès 1888.[3] Aucune de ces trois sources ne cite de document d’archive primaire à l’appui de ses chiffres. Cet article retient les dates et le chiffre de l’inventaire régional, qui seul s’appuie sur une enquête patrimoniale documentée, et signale l’écart plutôt que de le taire.

De l’abandon à la restauration

L’activité militaire régulière cesse en 1939.[1] Le camp reste ensuite exposé aux intempéries et aux dégradations pendant plusieurs décennies ; sa maçonnerie tient globalement, mais toitures et charpentes disparaissent.[1] Propriétaire du site, le département des Alpes-Maritimes engage des travaux de sécurisation et de restauration menés entre 2016 et 2018 : mise en sécurité des bâtiments, dépollution, restauration des fresques.[2][3] Le camp, aujourd’hui propriété publique inclus dans le cœur du Parc national du Mercantour,[1] se visite librement en saison ; des plaques indiquent la fonction d’origine de chaque bâtiment restauré.[3]

Le musée des Troupes de montagne, à Grenoble, présente plus largement le matériel et la vie quotidienne des unités alpines dont le camp des Fourches accueillait l’entraînement estival ; sa page dédiée complète utilement la visite du site lui-même.

En bref

  • Camp de manœuvre d’altitude (environ 2 260 m), construit entre 1900 et 1910 sur la route du col de la Bonette, à la limite des Alpes-Maritimes et des Alpes-de-Haute-Provence.
  • Vingt-six bâtiments, dont une vingtaine de chalets identiques, pour l’entraînement estival des bataillons de chasseurs alpins jusqu’en 1939.
  • Accès historique depuis Jausiers par une piste muletière de 23 kilomètres.
  • En 1931, le général Jacquemot meurt frappé par la foudre lors de manœuvres sur le site.
  • Restauré entre 2016 et 2018, le camp se visite librement en saison, du 15 mai au 15 octobre.

Questions fréquentes

Le camp des Fourches a-t-il servi de garnison permanente ?

Non. C’était un camp de manœuvre saisonnier, occupé l’été pour l’entraînement à la vie en haute montagne, et vide le reste de l’année.[1]

Le camp a-t-il connu des combats ?

Les sources consultées pour cet article ne permettent pas de documenter de combat directement au camp lui-même. Le secteur plus large de Restefond, où se trouvent des ouvrages fortifiés distincts du camp, a connu des combats en juin 1940 ; ce sujet, qui dépasse le cadre de ce casernement, mérite un traitement à part.

Peut-on visiter le camp des Fourches aujourd’hui ?

Oui, en visite libre, du 15 mai au 15 octobre selon les informations de l’office de tourisme de Nice Côte d’Azur.[3] Des plaques signalent la fonction d’origine des bâtiments restaurés.

Qui a peint les fresques visibles dans les chalets ?

Des chasseurs alpins eux-mêmes, au début du vingtième siècle, selon les notices patrimoniales consultées. Ni leur identité ni la date précise de réalisation ne sont établies par les sources disponibles.[2]

Sources et références

  1. Service régional de l’inventaire du patrimoine culturel, région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur, dossier « Caserne dite camp des Fourches, de l’organisation défensive de l’Ubaye », identifiant Mérimée IA06000004, enquête 1992, dossier 1997, mis à jour 2018 (Philippe Truttmann, David Faure-Vincent), dossiersinventaire.maregionsud.fr, consulté le 26 septembre 2026.
  2. Petites Affiches, « Camp des Fourches : haut lieu de mémoire », petitesaffiches.fr, consulté le 26 septembre 2026.
  3. Office de tourisme Nice Côte d’Azur, « Le Camp des Fourches », explorenicecotedazur.com, consulté le 26 septembre 2026.

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