Unités et garnisons

Vue de Bourg-Saint-Maurice depuis la descente du col du Petit-Saint-Bernard
Bourg-Saint-Maurice vue depuis la descente du col du Petit-Saint-Bernard, où le 7e BCA combattit au printemps 1945. Photographie Mathieu Brossais, 7 août 2025, licence CC BY 4.0, via Wikimedia Commons.

Le 7e bataillon de chasseurs alpins et Bourg-Saint-Maurice

Le quartier militaire de Bourg-Saint-Maurice, dans la vallée de la Haute-Tarentaise, portait le nom d’un homme : Jean Bulle, chef de la Résistance en Beaufortain, tué en 1944 en tentant de négocier la reddition de la garnison allemande d’Albertville. Le bataillon qui a longtemps tenu garnison dans ce quartier, le 7e bataillon de chasseurs alpins, doit lui-même sa reconstitution d’après-guerre au maquis que Bulle avait organisé. Une notice institutionnelle situe cette garnison en continu de 1922 à 2012 ; les chronologies plus détaillées, elles, racontent une histoire faite d’une dissolution, d’une décennie passée en Autriche et d’un retour dont la date exacte reste discutée d’une source à l’autre.

Un bataillon né loin des Alpes, spécialisé en 1888

Le 7e bataillon de chasseurs alpins (7e BCA), devise « De Fer et d’Acier », fait partie des dix premiers bataillons de chasseurs à pied créés en 1840, troupes légères et rapides formées au camp d’Helfaut, près de Saint-Omer.[1] Il connaît ensuite les garnisons et les campagnes du dix-neuvième siècle loin de toute montagne : Algérie, Crimée, Mexique, avant d’être capturé au siège de Metz en 1870 et reformé à Marseille l’année suivante.[2] Lorsque l’infanterie alpine est créée par la loi du 24 décembre 1888, le 7 est choisi avec douze autres bataillons pour se spécialiser dans le combat en montagne.[1] Il tient ensuite garnison à Nice, puis à Antibes, avant la mobilisation de 1914 qui le trouve à Draguignan.[2] Bourg-Saint-Maurice n’entre dans cette histoire que beaucoup plus tard.

Bourg-Saint-Maurice avant le 7e BCA : la caserne du 70e bataillon de forteresse

Le quartier que l’on associe aujourd’hui au 7e BCA existait déjà avant-guerre, mais sous un autre nom et pour une autre unité. Le 70e bataillon alpin de forteresse (70e BAF), recréé le 16 octobre 1935 à Bourg-Saint-Maurice, y occupe la caserne appelée alors simplement « caserne A » ; avec le 71e BAF, il forme la 30e demi-brigade alpine de forteresse, chargée en temps de paix de couvrir le secteur fortifié de Savoie côté Tarentaise.[6] C’est dans ce bataillon, et non dans le 7e BCA, que le sous-lieutenant Jean Bulle est affecté en 1938 ; il y effectue, l’année suivante, deux stages à l’École militaire de haute montagne de Chamonix.[3] En juin 1940, il commande une section d’éclaireurs-skieurs du 80e BAF pendant la campagne des Alpes contre l’Italie, ce qui lui vaut deux citations et la Légion d’honneur.[3]

1940 : la dissolution, puis le maquis

Le 7e BCA, lui, combat loin de la Savoie au printemps 1940 : engagé le long de l’Aisne en mai, il subit environ 60 % de pertes au combat de Pinon, où son chef de corps est tué.[2] Après l’armistice, le bataillon ne compte plus assez d’effectifs et disparaît, dissous à Albertville en septembre 1940.[2] Dans le Beaufortain et en Tarentaise, des anciens du 7e BCA et des bataillons alpins de forteresse s’organisent alors en maquis.[2] Démobilisé en février 1943, Jean Bulle en devient le chef pour le secteur du Beaufortain à partir du 1er août 1943, sous le pseudonyme de résistance « Devèze ».[4] Le 1er août 1944, il organise au col des Saisies un parachutage d’armes qui équipe plusieurs milliers d’hommes et permet le déclenchement de la lutte armée dans la vallée.[3] Trois semaines plus tard, cherchant à négocier la reddition de la garnison allemande d’Albertville pour épargner la population, Jean Bulle est tué malgré les assurances qui lui avaient été données ; les sources consultées ne s’accordent pas sur la date exacte, autour du 20 août 1944.[4] L’unité qu’il commandait prend alors le nom de « bataillon Bulle ».

1945 : la renaissance du 7e BCA et la campagne du Petit-Saint-Bernard

Le 1er janvier 1945, le 7e bataillon de chasseurs alpins est officiellement recréé par fusion du bataillon Bulle et du bataillon des Glières.[2] Au printemps, il est de nouveau engagé aux côtés du 13e bataillon de chasseurs alpins, déjà présenté par un autre article de ce site pour son rôle dans la prise du Roc Noir fin mars 1945, sur cette même ligne de défense germano-italienne qui barre le col du Petit-Saint-Bernard.[7] La campagne se poursuit en avril : prise de la pointe de Belleface le 9, contre-attaque allemande qui la reprend le 21, repli allemand fin avril, franchissement de la frontière italienne le 28.[7] Les forces germano-italiennes capitulent le 4 mai 1945. L’ensemble de la campagne du Petit-Saint-Bernard, au-delà du seul combat du Roc Noir, a coûté la vie à environ quatre-vingt-dix soldats français.[7]

  1. 1840 : création du bataillon au camp d’Helfaut, près de Saint-Omer, comme l’un des dix premiers bataillons de chasseurs à pied.[1]
  2. 1888 : spécialisation dans le combat alpin, avec douze autres bataillons.[1]
  3. 1935 : création à Bourg-Saint-Maurice du 70e bataillon alpin de forteresse, qui occupe la caserne devenue plus tard le quartier Bulle.[6]
  4. Mai 1940 : le 7e BCA subit de lourdes pertes sur l’Aisne, au combat de Pinon.[2]
  5. Septembre 1940 : le bataillon, à court d’effectifs, est dissous à Albertville.[2]
  6. 1er août 1943 : Jean Bulle prend la tête de la Résistance du secteur du Beaufortain.[4]
  7. 1er août 1944 : parachutage d’armes au col des Saisies.[3]
  8. 20 août 1944 (date discutée) : mort de Jean Bulle près d’Albertville.[4]
  9. 1er janvier 1945 : reconstitution du 7e BCA sur la base du bataillon Bulle.[2]
  10. Mars à mai 1945 : campagne du Petit-Saint-Bernard, aux côtés du 13e BCA, jusqu’à la capitulation germano-italienne du 4 mai.[7]
  11. 2012 : le bataillon quitte Bourg-Saint-Maurice pour le quartier de Reyniès, à Varces.[5]
  12. 22 juin 2018 : lancement de la reconversion du site en « Quartier des Alpins ».[8]

Une installation à Bourg-Saint-Maurice, mais depuis quand ?

La notice officielle du ministère des Armées affirme que le 7e BCA « a occupé le quartier CBA Bulle à Bourg-Saint-Maurice de 1922 à 2012 ».[1] Aucune des chronologies détaillées consultées pour cet article ne confirme cette date : elles situent au contraire la garnison du bataillon à Albertville dans l’entre-deux-guerres, et son arrivée à Bourg-Saint-Maurice après-guerre seulement, à l’issue d’une décennie passée en occupation en Autriche.[2] Deux de ces sources indépendantes situent ce retour en novembre 1953.[2] Une troisième, spécialisée dans l’histoire des fortifications de la région, situe l’installation du 7e BCA dans cette caserne précise seulement en 1962, après la guerre d’Algérie.[5] Ce que les sources établissent avec certitude : avant-guerre, c’est le 70e bataillon alpin de forteresse, non le 7e BCA, qui occupe ces lieux. L’écart entre la notice institutionnelle et les chronologies détaillées n’est tranché par aucune des sources consultées ici.

Le nom Bulle, une mémoire locale

Le quartier de Bourg-Saint-Maurice n’est pas le seul lieu à porter le nom de Jean Bulle : des rues, avenues ou places lui rendent hommage à Grenoble, Chambéry, Albertville, Ugine, Beaufort, La Bâthie et jusqu’à Pontarlier, sa ville natale.[4] Un mémorial lui est dédié à Chambéry-le-Vieux, à l’endroit où son corps fut retrouvé après sa mort.

Mémorial au capitaine Jean Bulle à Chambéry-le-Vieux
Mémorial au capitaine Jean Bulle, à Chambéry-le-Vieux, à l’endroit où son corps fut retrouvé après sa mort en 1944. Photographie Anthony Levrot, 27 mai 2016, licence CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Après 2012 : une caserne devenue quartier civil

À l’été 2012, le 7e BCA quitte Bourg-Saint-Maurice pour rejoindre le quartier de Reyniès, à Varces, dans l’Isère.[5] Le site de huit hectares est ensuite démoli, et sa reconversion en « Quartier des Alpins » commence officiellement le 22 juin 2018 : un hôtel de cent trente-cinq chambres, un marché couvert et une zone d’activités y sont annoncés, pour deux à trois cents emplois et trois millions d’euros d’aides de l’État destinées à compenser le départ de la garnison.[8] Le musée des Troupes de montagne, à Grenoble, conserve pour sa part des pièces plus larges sur l’histoire de ces unités alpines.

En bref

Le 7e bataillon de chasseurs alpins n’est pas né dans les Alpes et n’a pas toujours tenu garnison à Bourg-Saint-Maurice : c’est un bataillon de chasseurs à pied du nord de la France, spécialisé en montagne en 1888, dissous après de lourdes pertes en 1940, puis reconstitué en 1945 sur la base d’un maquis de Résistance dirigé par Jean Bulle, tué en tentant de sauver Albertville des combats. Le quartier de Bourg-Saint-Maurice, occupé avant-guerre par une tout autre unité, a fini par porter son nom, mais les sources ne s’accordent pas sur la date à laquelle le 7e BCA s’y est réellement installé.

Questions fréquentes

Pourquoi le quartier de Bourg-Saint-Maurice s’appelle-t-il « quartier Bulle » ?

En hommage à Jean Bulle, officier qui y servit avant-guerre au sein du 70e bataillon alpin de forteresse puis dirigea la Résistance du Beaufortain, tué en 1944 en tentant de négocier la reddition de la garnison allemande d’Albertville.[4]

Le 7e BCA a-t-il toujours été en garnison à Bourg-Saint-Maurice ?

Non. Dans l’entre-deux-guerres, sa garnison était Albertville ; avant lui, c’est le 70e bataillon alpin de forteresse qui occupait la caserne de Bourg-Saint-Maurice. Les sources divergent sur la date de son installation réelle dans cette ville, entre 1953 et 1962.[2]

Quel est le lien entre le 7e BCA et le 13e BCA en 1945 ?

Les deux bataillons combattent ensemble au printemps 1945 pour reprendre le col du Petit-Saint-Bernard aux forces germano-italiennes, avant d’entrer dans le Val d’Aoste.[7]

Que reste-t-il de la caserne aujourd’hui ?

Démolie après le départ du bataillon en 2012, elle a laissé place à partir de 2018 à un projet civil, le « Quartier des Alpins », qui comprend un hôtel, un marché couvert et une zone d’activités.[8]

Sources et références

  1. Ministère des Armées, page officielle « 7e bataillon de chasseurs alpins », defense.gouv.fr, consulté le 16/09/2026.
  2. Association du patrimoine militaire de Lyon et sa région, « Le 7° BCA », museemilitairelyon.com, consulté le 16/09/2026.
  3. Association du patrimoine militaire de Lyon et sa région, « Le Capitaine Bulle », museemilitairelyon.com, consulté le 16/09/2026.
  4. Mémoire Vive de la Résistance, notice « Bulle », mvr.asso.fr, consulté le 16/09/2026.
  5. Wikimaginot.eu, fiche « Caserne A (camp de sûreté) », Bourg-Saint-Maurice, wikimaginot.eu, consulté le 16/09/2026.
  6. Wikimaginot.eu, fiche « 70e Bataillon alpin de forteresse », wikimaginot.eu, consulté le 16/09/2026.
  7. Mémoire des Alpins, page « Tarentaise », memoire-des-alpins.com, consulté le 16/09/2026.
  8. ici.fr, « Bourg-Saint-Maurice : l’ancienne caserne du 7e BCA se transforme en hôtel », ici.fr, publié le 24/06/2018, consulté le 16/09/2026.

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